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contrechamp / ACTUALITÉS

École, université et censure

C’est un poncif que de rappeler que l’école algérienne régresse. L’école fondamentale ayant massivement formé sa relève, il n’est pas certain qu’elle soit, à terme, réformable.
Malgré le miracle Benghabrit, il n’apparaît pas que le pouvoir tienne à la réformer dans le sens de la formation du citoyen à son plein épanouissement intellectuel. L’école fondamentale se reproduit donc grâce à l’autoreproduction de ses enseignants. Les retouches aux programmes, les révisions pédagogiques, les recyclages de personnels ne peuvent rien contre la sédimentation mentale et idéologique qui a formaté le milieu éducatif. Et ce cycle infernal correspond bien à ce que le pouvoir attend de l’école : ne pas apprendre aux enfants à apprendre. Mais seulement à emmagasiner et à restituer, à régurgiter en l’état les vérités que les “enseignants reproducteurs” leur ont préalablement inoculées. Le principe est qu’ils parviennent à l’université dans le meilleur état d’engourdissement mental possible.
Et les élèves et étudiants qui échappent à la fonction normalisatrice de l’école pendant leur scolarisation, ou s’en libèrent plus tard, peuvent poser un problème d’autonomie de réflexion. Ce qui correspond, en termes de comportement social, à une revendication citoyenne. Le régime, conscient des limites conceptuelles de son action, de sa propension à l’improvisation au tâtonnement, parce qu’il connaît le niveau de sincérité de ses bilans, a besoin de se mettre hors de portée de toute évaluation, de tout examen, hormis ceux de son système d’autoévaluation constitué d’institutions assujetties. Basant sa “stabilité” sur son autorité, la corruption matérielle des consciences et le moulage “intellectuel” accompli par l’école, la mosquée et les médias, il réserve sa troisième, à savoir l’arme de la répression et de la censure, à ceux dont l’aspiration à la citoyenneté aura survécu au travail de nivellement de ces trois institutions. Derrière leur vocation éducative, celles-ci ont, en effet, une mission de contrôle du développement des capacités diagnostiques et critiques des citoyens et des capacités d’expression autonome de la société. En un mot, il ne faut pas que l’école produise trop de Nacer Djabi dont l’engagement envers leur société contraindrait le pouvoir à assumer la pratique politique de la censure. Il ne peut se complaire que d’une intelligentsia, désincarnée, formée d’experts qui savent expliquer les échecs économiques, sociaux et culturels sans en discerner quelque responsabilité politique et qui délivrent des recettes de réussite sans devoir préciser les conditions politiques de leur succès !
Cette censure du savoir, le pouvoir ne s’en cache pas : les recteurs se comportent en commissaires politiques et surveillent la compatibilité politique et idéologique des thèses et mémoires des étudiants et chercheurs. Et partout, dans les institutions, la pratique est à l’origine d’une culture du secret, comme si tout l’État avait quelque chose à se reprocher et qu’elles étaient toutes vouées à participer à l’œuvre nationale de dissimulation.
La censure est consubstantielle au système de formation, d’information et d’action de l’État algérien.

M. H.


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