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contrechamp / ACTUALITÉS

École : vrais enjeux et faux dévots

Une université de l’est du pays serait éclaboussée par une affaire de faux diplômes en droit.
Il est rassurant que le fait scandalise et provoque parfois l’intervention de la justice. Cela prouve qu’il reste un domaine où les Algériens ne se sont pas encore accommodés du faux : celui des diplômes.
Car, pour le reste, la dernière fois que quelqu’un a osé poser la question des faux moudjahidine, par exemple, il a passé le restant de sa vie dans la persécution judiciaire. Cette pratique découle de la volonté, pour le pouvoir, d’adapter l’histoire à ses besoins de légitimation et à sa vocation de distribution clanique de la rente. Les initiés du système sont politiquement autorisés à s’inventer de faux “passés révolutionnaires” ou d’enjoliver les vrais. Cela convient à ce système qui discrimine sur la base de la confiance politique et non sur la base de la compétence technique. Et comme c’est plus facile de se fabriquer une biographie que de se confectionner un CV, le procédé a suscité de tardives vocations de moudjahid.
Les biographies, vraies ou contrefaites, se prévalant de passé, ou de simple filiation révolutionnaire, sont prometteuses d’ascensions accélérées dans les hiérarchies institutionnelles. Tandis que les CV “secs”, ne comportant que des diplômes - et la nationalité - orientent leurs détenteurs vers les “filières techniques” de la Fonction publique.
Mais depuis quelques décennies, le patriotisme lucratif subit la concurrence agressive de l’intégrisme rédempteur. À force de chercher à apprivoiser l’islamisme, le nationalisme de la mamelle a dû se convertir à la surenchère bigote. Pour mériter sa promotion, les responsables de carrière doivent faire preuve de piété. Ambitieux de la haute fonction, attention au moindre vice païen ! Les “frères” vous regardent !
Cette “réconciliation” unilatérale, obtenue par la terreur, a donné des ailes à l’islamisme : aujourd’hui, ce n’est plus la loi qui supervise notre moralité, mais l’islamisme qui évalue notre vertu. Et, pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, il se donne le droit d’agréer ou de récuser les manuels en fonction de “constantes” dont il serait le gardien ! Pour prendre le contrôle du formatage des esprits en formation. Le tout dans le silence déserteur des pédagogues et des tenants de l’école républicaine et laïque qu’on rencontre dans les salons.
C’est en pareille circonstance qu’on s’aperçoit qu’en termes d’effet, et malgré les universités qui essaiment jusque dans les douars, nous avons plus d’oulémas que de savants. Parce que les savants ont peur. Peur de faire parler la science. De dire, en toute circonstance, que “pourtant elle tourne”. Cela ne changerait rien que ces universités délivrent de faux diplômes si leurs détenteurs n’ont pas toujours la qualification correspondante, et quand ils l’ont, ils n’ont pas le courage de faire valoir leur savoir et laissent la vérité scientifique se replier devant les prétentions omniscientes de fanatiques prêcheurs !
L’avenir de nos enfants ne mérite-t-il pas que nos vrais savants terrés se lèvent pour défendre leur école, unique chantier empreint de  progressisme d’un régime qui, partout ailleurs, accompagne la régression de sa bienveillance bigote ?

M. H.


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