Scroll To Top

contrechamp / ACTUALITÉS

Élection et répression


Aujourd’hui, notre collègue Rabah Karèche, emprisonné pour un article, passe son cinquante-troisième jour de prison. Il est enfermé parce qu’il a fait son travail de journaliste. Ils sont près de deux cent vingt concitoyens à partager le même sort pour avoir exercé leur liberté d’expression ou leur droit à défendre leur opinion. 

C’est donc dans une Algérie où les libertés publiques sont de fait suspendues que nous sommes appelés à nous rendre, dans deux jours, aux urnes pour choisir “librement” notre “représentation” nationale. N’y a-t-il pas quelque difficulté à concevoir un vote démocratique dans un pays qui, à la veille de cette élection, compte plus de deux cents prisonniers d’opinion ? En tout état de cause, après-demain, et à l’issue de cette journée électorale, émergera une nouvelle APN. En fait, ce ne sera pas tout à fait une nouvelle Assemblée : ce sera une nouvelle législature, avec un renouvellement partiel du personnel mais sans renouvellement politique.

D’ailleurs, peu de monde se soucie du profil politique de cette future Assemblée. À commencer par le pouvoir qui s’inquiète si peu du mix de couleurs politiques et d’orientations idéologiques du “pouvoir” législatif avec lequel il aura à traiter. Enfin, encore faut-il qu’il en ait, des couleurs politiques et des orientations idéologiques. En la matière, c’est plutôt le vide qui a marqué une campagne faite de verbiage débridé et de simulation populiste. Vu ce qu’on fera de cette institution, son élection est naturellement renvoyée à son statut de formalité. Mais une formalité obligatoire.

Pour que cela fasse République. En système autoritaire, le dispositif institutionnel mimétique de la démocratie tient lieu de démocratie ! Il en est ainsi chez nous : le Parlement n’a jamais constitué un lieu de pouvoir ; il sert juste à révéler la réalité du réseau d’alliances claniques et la composition idéologique sur lesquelles le groupe dominant, l’autorité effective du moment, a choisi de s’appuyer. Ou y a été contraint, parce que, comme on le voit, pour ce rendez-vous, il n’a pas toujours le choix de ses associés ; son choix dépend de l’offre. Et en 2021, on ne se bouscule pas au portillon du système.

Devant l’impératif d’organiser un scrutin de plus, alors que la revendication de rupture systémique se poursuit, le régime prend ce qu’il y a de disponible, c’est-à-dire les appareils et les ambitions individuelles misant sur le statu quo politique, leurs clientèles et les opportunismes de tout poil. Cette base est tout à fait conforme à la démarche tactique du pouvoir en place : proclamer la nouveauté d’un personnel repêché de l’ancien régime déchu et le recycler dans un mirage de changement. Tout cela aurait pu faire illusion si le régime n’était réduit à imposer son “choix populaire” même par la répression !

 

M.H

[email protected]


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER