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contrechamp / ACTUALITÉS

Emblème amazigh, politique et justice

Alors qu’ailleurs sur le territoire national les tribunaux relaxent les quelques manifestants poursuivis et incarcérés pour détention ou port de l’emblème amazigh, ceux, plus nombreux, arrêtés et inculpés à Alger continuent de moisir en prison.

C’est un truisme que de rappeler qu’en Algérie le pouvoir réel exerce son entière tutelle sur le législatif et le judiciaire. Cela est caractéristique des régimes autoritaires. Et dans certaines situations, cette dépendance oblige la justice à déroger à ses règles propres conçues pour assurer un minimum de cohérence à son action. Ainsi, dans le traitement des affaires d’emblème amazigh, où elle se voit contrainte d’assumer une justice à deux vitesses, une vitesse de capitale et une vitesse de province ! C’est pourtant ce qu’il y a de plus désobligeant pour une justice que d’être convaincue d’une iniquité fondée sur la localisation administrative de ses justiciables. Or, dans le cas de figure, les verdicts des tribunaux se révèlent d’une étonnante hétérogénéité territoriale : des porteurs de l’emblème amazigh innocentés à Annaba, à Batna et à Mostaghanem, relativement sanctionnés à Chlef et contraints à une détention préventive prolongée à Alger. 

Certes, les verdicts contre les accusés d’Alger ne sont pas encore connus, ceux-ci étant soumis à une instruction qui s’étire inexplicablement. Mais, c’est bien connu, la détention provisoire n’est souvent qu’une forme de punition que les juridictions ont du mal à assumer. Elle leur permet d’infliger au justiciable une peine anticipée qu’elles n’auront pas à prononcer. Il en va souvent ainsi des affaires politiques et de délit d’opinion.
Pour rester dans ce cas éloquent du drapeau amazigh, on peut même avancer qu’il n’est pas seulement question de justice à deux vitesses, mais de justice à trois vitesses. En effet, si un peu partout dans le pays des citoyens ont été arrêtés et placés en détention pour avoir transporté ou exhibé cet emblème prohibé nouvellement et sans fondement légal, avant d’être innocentés à l’intérieur du pays et gardés en otage à Alger, le même étendard peut être arboré à souhait et sans risque en Kabylie. 
D’ailleurs, dans cette région où, pour des raisons évidentes, ce drapeau était déjà très présent avant son interdiction dans le reste du pays, la moindre chaumière dans le moindre hameau de Kabylie se fait désormais un point d’honneur de l’accrocher au plus haut. 

Tout se passe comme si l’État organisait une opération de différenciation régionale à travers cette campagne de répression localisée et modulée du port de l’emblème amazigh. Sauf que si l’engouement pour les couleurs identitaires s’est démultiplié en Kabylie, celles-ci n’ont cependant pas pris la place du drapeau national.
En définitive, le pouvoir aura entraîné la justice dans une manœuvre politique menée au détriment des questions identitaire et régionale dangereusement sensibles. Des questions que les Algériens ont jusqu’ici abordées avec une certaine sérénité malgré les récurrentes tentatives de manipulation dont elles ont toujours été l’objet. 
Comme l’ont confirmé la plupart des verdicts prononcés, ce dossier du port de l’emblème amazigh n’aurait jamais dû s’ouvrir. Il est temps de le refermer.


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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