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contrechamp / ACTUALITÉS

En plein dans le pétrin

Quand on regarde cette espèce de “crise” du pain, on a du mal à croire que l’Algérie sort d’une longue période d’abondance qui, en quelques années, l’a transformée en une insouciante société de consommation.
Depuis qu’il est entré sans transition de cette nouvelle phase de récession, le citoyen-consommateur montre qu’il peut souffrir tous les errements du marché, mais pas l’atteinte à l’immuabilité des prix de produits de “première nécessité” : le pain et le lait. Et par la force de ce credo, nous voici passés d’une controverse au sujet de l’impôt sur la fortune, résolue au profit des riches, à une polémique agitée sur le prix de la baguette qui se résoudra certainement aux dépens des pauvres. Parce que, ce que le gouvernement va certainement faire, c’est ce qu’il a déjà fait pour “gérer” le passage de la baguette de sept dinars et cinquante centimes à huit dinars et cinquante centimes, puis de huit dinars cinquante à dix dinars : attendre que se dénoue le bras de fer boulangers-clients. Et quand sera normalisé le tarif de quinze dinars la pitance, il en prendra acte. Ce qui lui vaudra l’économie d’un rééquilibrage tarifaire sans l’inconvénient d’une décision impopulaire.
Le gouvernement n’est pas franc, mais il est réaliste. Et manœuvrier quand il le peut. Il est réaliste parce qu’il sait qu’en maintenant un pain au tarif actuel sans en changer la structure de coût, il tuera le pain et la boulangerie. Et manœuvrier parce qu’il intervient à la fin du conflit, pas avant. Et pour en entériner l’issue. Il sait que le prix officiel, ou plutôt le prix pratiqué, n’est pas tenable. Déjà, dans la majorité des cas, la boulange n’est plus qu’un prétexte à l’activité de pâtisserie-viennoiserie. Quotidiennement, le consommateur se hâte de trouver son pain avant que les boulangeries ne se transforment en boutiques à “pains spéciaux” ou à gâteaux. À peine les épiceries, qui commercialisent le pain dans des conditions d’hygiènes approximatives, participent-elles à réduire la tension sur le produit.
Le pain résume ce piège de la subvention dans lequel le régime s’est enfermé sans prévoir le moyen d’en sortir. À l’évidence, le pays est victime de la gestion d’un régime qui, en quinze ans de règne insoucieux, n’a jamais envisagé un retournement de situation pétrolière ! La preuve, il est à ce point désemparé par une conjoncture dont il est pourtant impossible de ne pas envisager l’avènement, qu’il tergiverse devant tous les problèmes qu’elle lui pose. En attendant, il s’enfonce dans la première voie de fuite en avant qui se présente à lui : la planche à billets. Sans trop savoir à quoi elle servira. Elle sert juste à le rassurer sur le confort budgétaire auquel il s’est habitué.
Si pour le carburant, l’électricité et l’eau, le gouvernement a choisi la méthode douce des augmentations graduelles, il hésite devant la farine et le lait qui lui permettent encore de cultiver sa promesse de “ne pas toucher au soutien des prix de produits de première nécessité” malgré la crise.
Le pouvoir traite sa crise, comme il l’a créée, au jour le jour, sans doctrine ni prévision. Et les effets de ses hésitations managériales, c’est notre pain quotidien.


M. H.


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