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ENFANTS : L'AUTRE VIOLENCE


S’il fallait une preuve que l’enfant est un enjeu politique et idéologique, c’est qu’il dispose de deux “journées” universelles : l’une “mondiale”, commémorée le 20 novembre, consacrée par l’Unicef, et l’autre “internationale”, célébrée le 1er juin, et créée par le bloc soviétique. 
Hier, les pouvoirs publics ont donc consenti, par la voix du Premier ministre, au rituel des engagements pour la protection des enfants contre la violence, contre “toutes les formes de violence”, car en effet, ils en subissent de toutes sortes.
Hasard du calendrier, cette journée repère, dans sa seconde version donc, est survenue à la veille des examens de fin de cycle primaire qui ont lieu aujourd’hui. Comme pour nous rappeler que, dans notre pays, l’École constitue encore une forme de violence systématisée, banalisée et généralisée appliquée aux enfants. 
Il n’est pas ici question de violence matérielle, mais de celle que l’École algérienne dispense à travers ses méthodes et ses contenus : de fait ou de manière délibérée, on y privilégie le principe pavlovien d’absorption-restitution, une pédagogie qui répond parfaitement au souci d’efficacité dans la formation de sujets normalisés jusque dans leurs convictions métaphysiques. Conçue comme une fabrique d’esprits fanatisés, notre institution scolaire s’applique à enseigner le dogme, qu’on sait désormais indiscutable, tout en œuvrant, en complément, à brider la formation de l’esprit critique. Rien qu’en parlant à nos enfants, on peut le constater : très tôt, on leur injecte une “pensée” idéologique, faite de vérités incontestables et on les initie à une nette imperméabilité au doute, quand il s’agit de ces certitudes ingérées. Certes, l’école échoue en partie dans cette “mission” de fanatisation de masse et de l’esprit critique et de curiosité, naturel, chez l’enfant du fait de la résistance de milieux familiaux et sociaux, de la disponibilité de sources concurrentes d’apprentissage (médias, réseaux sociaux, jeux, lecture…) et de l’effort consciencieux de beaucoup d’enseignants et de cadres de l’éducation. Beaucoup d’élèves en sortent indemnes. 
Certes, cette description de l’école est sûrement incomplète et donc pas assez nuancée, mais la conviction de son inadéquation au monde d’aujourd’hui réside déjà dans ce fait qu’en règle générale, tous les responsables en capacité d’influer sur la qualité de cette institution n’y placent jamais leurs enfants.
Et puis, le pouvoir voudrait-il revenir à une école d’ouverture et de rationalisme qu’il ne le pourrait pas. Elle-même fonctionne déjà avec  un personnel majoritairement formé par elle et donc rétif à l’ouverture et attaché à la pérennité de ce centre national d’initiation idéologique. Autour, les forces de régression, organisées dans les partis politiques, disséminées dans la société, prospérant dans la gestion du culte ou  établies dans les intuitions, montent la garde. Et dissuadent le pouvoir de toucher à leur acquis : le formatage idéologique des esprits de nos enfants.
Oui, l’État est tenu de protéger l’enfant contre la violence physique et psychologique dont il peut pâtir chez lui ou dans la rue. Mais celle qui procède directement de la responsabilité politique et concerne l’avenir collectif de générations entières réside dans le processus de formation des jeunes esprits.
 

M. H.
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