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contrechamp / ACTUALITÉS

Entre ciel et terre

Finalement, les maintenanciers d’Air Algérie ne pourront légalement pas entamer la grève illimitée qu’ils devaient entreprendre à compter du 31 juillet. D’après la réponse de l’inspection du Travail à leur préavis, leurs représentants syndicaux ont oublié de se conformer à la réglementation qui régit ce genre d’action.
Pourtant, si l’on se fie à son communiqué, le SNTMA (Syndicat de maintenance Air Algérie) semble avoir pensé à tout, y compris au devoir du service minimum légal. Sauf qu’il pose indirectement la condition de repenser l’objet de ce service minimum : il devra, précise le communiqué, “privilégier les vols à destination des Lieux Saints (Hadj 2018) même s’il dépasse les 30% exigés par la loi et à la condition que la direction générale accepte cette proposition”.
C’est-à-dire que, durant leur grève, nos maintenanciers sont prêts à faire plus que le minimum légal s’il s’agit de dépanner des avions qui doivent aller à La Mecque. Et au cas où la direction générale leur refuserait cette condition, ce sera sa faute si — ô sacrilège ! — les vols pour les pèlerins sont perturbés. Pas la faute des maintenanciers en grève.
Logiquement, et jusqu’à plus ample information, la structure de maintenance de la compagnie nationale aérienne n’a pas vocation à organiser la programmation des vols et à assurer la gestion opérationnelle. Mais pour se prémunir contre les infamants réquisitoires de minbar, son syndicat vient d’inventer son propre ordre de priorité des vols basé sur le principe de présence religieuse. Ce ne sont plus des clients que l’on considère et la relation commerciale laisse place au rapport à la religion. Ni l’urgence humanitaire ni la priorité stratégique ne sont évoquées ; il y a les vols sacrés et les vols profanes.
Passe que l’État, proclamé défenseur et promoteur de la religion… d’État, fasse supporter au budget le subventionnement des activités cultuelles ! Mais de quel droit un syndicat tente-t-il de dicter les préséances entre clients d’une entreprise commerciale ? N’ayant pas à se concentrer sur les précautions formelles et légales pour éviter le rejet de son préavis de grève, il a, tout de même, eu la présence d’esprit de penser à la gêne qu’il ne manquera pas d’infliger aux voyageurs. Mais à une catégorie de voyageurs, les fidèles se rendant aux Lieux Saints ou en revenant.
Les autres, ceux qui vont en vacances ou en reviennent, ceux qui font un déplacement professionnel, ceux qui ont leur lieu de travail ou d’études à rejoindre, ceux que leurs familles attendent, tous ceux-là, que des préoccupations terrestres animent, ne méritent pas les mêmes égards que des fidèles en route pour le pèlerinage.
Qu’importe si cette ségrégation obéit à de réelles convictions ou est dictée par la peur de ces infamants réquisitoires de minbar ! Le fait est que, dans notre pays gangréné par la paresse et la prédation, tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir aiment s’occuper du salut de nos âmes. Cette hauteur d’esprit fait que les activités profanes sont méprisées. Et ceux qui s’y adonnent le sont aussi.
Dans notre pays en décadence, il faut juste gagner de l’argent discrètement et prier ostensiblement.


M. H.


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