Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

État et société : la fuite en avant

Avant-hier, le Président a accompli “une visite de travail” à caractère “thématique” puisqu’elle a concerné deux nouveaux lieux de culte de la capitale.
On connaît l’intérêt que le chef de l’État accorde au projet de la Grande-Mosquée d’Alger. Mais on sait moins ce qui fait l’importance d’un événement comme le transfert du siège d’une zaouïa et de ses “dourous” d’Oran vers Alger.
Nous vivons sous l’égide d’un système politique qui a pris les apparences d’une république des citoyens pour fonctionner en république des fidèles. Dans notre contexte d’hégémonie politique de la religion, cet assortiment califat-république n’a que des avantages pour les maîtres du pays : d’un côté, il leur permet d’afficher, aux yeux d’un monde globalement émancipé des autoritarismes archaïques et des despotismes religieux, un semblant de démocratie et de modernité nécessaire à l’entretien de leur “fréquentabilité” internationale et, de l’autre, il tend à distraire leurs sujets des questions bassement terrestres. Mieux vaut que ceux-ci exercent leur vigilance à vérifier que les itérations de la “besmala” dans les manuels scolaires n’ont pas diminué et qu’ils l’appliquent à surveiller la manière dont le pouvoir gère la rente. Ces mêmes sujets trouvent, à leur tour, quelques commodités à cet ordre de la dévotion : la piété y vaut brevet de bonne citoyenneté. Une vie à respecter les rites, à les rappeler aux amis, collègues et voisins, à porter la tenue de rigueur à l’occasion, une vie couronnée d’un pèlerinage ou d’une omra, répétés si possible, n’est-ce pas un gage d’insoupçonnable probité ? Les devoirs civiques, comme les obligations fiscales, le respect de l’environnement, la tolérance à la différence, la retenue devant la tentation de malversation, etc. peuvent aller se rhabiller devant une pratique religieuse soutenue et visible.
Cette prééminence du religieux sur le politique a besoin de notre assentiment pour s’imposer ainsi comme activité d’État et non plus activité privée. Et même l’incompréhension, que nous ressentons parfois, ne nous autorise point à nous poser la question de ce mélange du genre. Les zaouïas ont même souscrit aux budgets de campagnes électorales, sinon au budget de l’État, les deux se confondant souvent. Les islamistes insurgés ont perdu parce qu’ils ont été débordés par une base sociale qui a repris à son compte la pratique de la surenchère bigote et par un pouvoir qui les avait, en fait, précédés dans l’usage politique de la religion. Ils ont perdu mais le principe d’État religieux a gagné.
Sachant que la santé des Algériens est autrement plus menacée que leur foi, pourquoi l’hôpital Mustapha n’a pas été intégré au circuit de Bouteflika, ce mardi ? Alors que des cheikhs de la zaouïa, n’ayant visiblement pas de problèmes de ressources pour le développement de leur activité, s’honoraient de la visite du chef de l’État, les médecins résidents de l’Algérie—pas d’une chapelle— n’avaient que le maigre recours de lui écrire une lettre !
Cette observation montre, à elle seule, qu’entre le fonctionnement de l’État et l’expression des réels besoins sociaux, il y a comme le spectacle de deux vies parallèles.

M. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER
Commentaires
1 réactions
Fraternity le 17/05/2018 à 13h45

Dans l'imaginaire du régime inculte: mosquées, Zaouïas.. est synonyme de probité et de foi. Pour Tab Jnanou, pour se faire pardonner de l'échec cuisant de sa politique, il fait appel à ces stratèges d'un autre âge: la repentance.. afin de s'assurer le pardon. Les esprits naifs en conviennent. Ce qui explique l'effervescence assumée de ses serviteurs pour l'achèvement de sa grande mosquée, avant sa mort.. Cela nous rappelle son ami, Ch. Khelil qui sillonnait les zaouïas, depuis plus de 2 ans..

Commentaires
1 réactions