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contrechamp / ACTUALITÉS

Ferhat et notre panne révolutionnaire

Une visioconférence de Ferhat M’henni organisée à l’Université de Tizi Ouzou a jeté l’émoi dans les milieux patriotards de la pensée unique. On demande en filigrane la tête du recteur et on accable, démocratiquement, l’autorité de censure électronique d’avoir manqué à son devoir.

Eh oui ! Ferhat ne bénéficie pas de la même tolérance qu’Abassi Madani. Pour l’un, qui n’a encore tué personne, on demande l’excommunication ; pour l’autre, qui s’en va sur un génocide, on supplie Dieu de “l’accueillir en son vaste paradis” ! Obsèques télévisées et gare à ceux qui viennent perturber le sommeil éternel du “cheikh” en rappelant ses œuvres !  
De toute manière, on ne s’offusque point de ce que la suite soit assurée par ses compagnons qui, d’ici ou de Londres, continuent à diffuser son message mortifère. Mieux : certains de ses héritiers “spirituels” conseillent l’encadrement de notre pacifique “hirak” ! Pacifique tant qu’il ne se finit pas. Dans une société intolérante et soumise au diktat islamiste, quoi qu’en disent les selfies de circonstance, Ferhat M’henni a le tort d’avoir mené un combat identitaire, un combat contre le consensus arabo-islamique antinational.  Mais un combat par lequel il a simplement revendiqué le droit d’être lui-même. Ses adversaires, victimes ou promoteurs de l’idéologie sectaire, n’ayant jamais fait peur à personne avec ses chansons, ses manifestations et ses arrestations, il se prête à l’insulte facile de ceux qui ne s’expriment qu’au son de l’hallali.
Comme il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, résumons notre sentiment : Ferhat, en se renfermant sur sa kabylité, fait le constat de l’échec de son combat pour sa berbérité. Et ceux qui ne comprennent pas pourquoi des Algériens ne peuvent pas se croire arabes sont pour beaucoup dans cet échec.  Ils pensent comme ces fanatiques grisés par la victoire de l’armée des frontières sur… les maquisards, reprenant en chœur le décret d’exclusion trois fois hurlé par Ben Bella en 1962 : “Nous sommes arabes !” 
Ce n’est pas Ferhat, mais le pouvoir algérien qui a créé la Kabylie politique en en faisant un sujet prioritaire de répression. Et de manipulation. Que ceux qui peuvent lui livrer une explication “patriotique” à l’assassinat encore impuni de 127 manifestants kabyles désarmés en 2001 lui jettent la première pierre ! Ferhat ne peut être traître à ceux qui n’ont pas la même cause. S’il y a eu une trahison dans l’histoire récente du pays, c’est bien celle de la soi-disant “réconciliation nationale”, un fait d’amnistie et d’immunité que nous avons gobé parce qu’il s’est agi de terroristes islamistes. On va bientôt tester l’authenticité de ce rabibochage artificiel et devoir choisir des représentants qu’on regardera définir l’Algérie de demain, l’Algérie de l’après-système. Pour l’heure, nous cachons nos divergences derrière le “Yetnahaw gaâ” consensuel. 
“Ils partent tous”, mais après ? Un changement de système, c’est surtout une nouvelle Constitution. Mais les questions qu’on enterre depuis 2005, parce que Bouteflika nous a payés pour cela — la place de la religion, la femme, les langues —, ressurgiront au premier débat. Et Ferhat ne sera pas là pour jouer le rôle conciliant d’“ennemi commun”.


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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