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Foot, société et politique


Ainsi, après avoir remporté la dernière Coupe d’Afrique des nations et au moment où il s’apprête à héberger les Jeux méditerranéens, le pays ne dispose toujours pas d’une pelouse aux standards du football d’élite. Pourtant, il s’échine, depuis plus d’une décennie, à construire trois nouveaux stades aux normes universelles, supposons-nous. L’un, à Oran, est achevé, mais la perspective d’y jouer ne semble pas enchanter le même entraîneur ; il n’a déjà pas bonne presse, pour ainsi dire.  Les deux autres, à Alger et à Tizi Ouzou, sont toujours enlisés dans les coutumiers retards des projets nationaux.

Le terrain du 5-Juillet déclassé, celui de Blida délaissé, l’Algérie redécouvre la distance entre ses ambitions et sa politique.  Malgré l’intérêt que nos dirigeants portent au sport-roi pour ses propriétés euphorisantes, tous les régimes ont survolé les questions de l’éducation physique et de la nécessité d’une politique des sports. Tous s’inquiètent des seules conditions et perspectives de l’EN de foot. Mais les sports, au pluriel, ils s’y éveillent à peine tous les quatre ans quand on leur souffle qu’un boxeur ou un coureur de demi-fond est susceptible de décrocher une médaille ! Puis ils se rendorment, comme on l’a vu, sans même attendre la phase handisport dont ils ignorent peut-être qu’elle est désormais obligatoire dans les rendez-vous multisports internationaux. 

À leurs yeux politisés, la question sportive s’est progressivement restreinte à la question du football, elle-même réduite à la survie de quelques clubs populeux et à la préparation d’un “onze national”. Pendant ce temps, dans les écoles et les quartiers, les enfants “jouent” comme ils peuvent, surtout maintenant que la razzia foncière les a privés du simple terrain vague où leurs parents tourbillonnaient naguère. Les fédérations sportives sont maintenues pour le principe, entretenant quelques dirigeants viagers et bureaucratiques. Même le football patauge entre dilettantisme et affairisme.

Dans la longue succession de déboires et de déceptions dans tous les domaines de l’Algérie indépendante, le foot — entendre l’EN nationale de foot ! — est la feuille de vigne avec laquelle on tente de dissimuler cet échec chronique et pluridimensionnel. C’est tellement pratique et la recette est si “simple” : un grand entraîneur et une bonne moisson d’athlètes nationaux glanés dans les grands championnats étrangers. 

Pour le moins qu’on puisse dire, ces dernières années, la récolte a été bonne. Surtout s’agissant du sélectionneur, un choix et une efficacité qui n’en finissent pas de faire l’unanimité !
Tout en métamorphosant, techniquement et mentalement l’équipe nationale de football, Belmadi a transformé la fonction d’entraîneur national. Certes, il n’a, cependant, rien changé à la fonction — politique —, décrite ci-haut, de l’équipe nationale de football : ce n’est pas son rôle, en effet. L’arrière-pensée politicienne de l’investissement mis en l’équipe n’est pas de son fait. Mais il a fait évoluer l’image d’un dirigeant de l’équipe nationale.

Il a recentré la responsabilité et la légitimité de la fonction. Ne devant alors rien à personne, et renvoyant chacun à son propre rôle, il a gagné son droit d’homme public libre de disposer de son entière liberté d’expression. Il distingue entre la fonction sociale — l’enchantement et le rapprochement qui, à chaque réalisation, opèrent parmi les masses de supporters — et la fonction politique que l’on a toujours attachée à l’élite sportive, et en particulier à l’élite du football. Il assume la première et ignore la seconde. Il faut dire que sa performance l’autorise à se départir de toute compromission. 

Il assume modestement son statut et le poids pédagogique de son opinion, deux états de fait qui l’obligent envers la société. Alors, quand, en de rares occasions, il s’exprime sur des questions extrasportives, il a un avis tranché qu’il livre sans bafouiller : que ce fût, comme en avril 2019, pour dire qu’il ne compte être utilisé dans une campagne d’élection fédérale ou, comme en octobre 2019, pour proclamer à propos du mouvement populaire, que “tant de monde qui descend, qui ont les revendications que nous connaissons… c’est évident de les prendre en considération ; il faut les prendre très au sérieux et aller au nœud du problème, faire en sorte que les choses évoluent et progressent. Je suis avec cela à… 1 000%”.

Il peut se permettre parce qu’il a commencé par le commencement : professionnellement, “il assure”, comme on dit ; il digresse en citoyen ensuite. Il ne le cherche certainement pas, mais il est l’anti-cadre algérien : il est à mille lieues du profil du professeur siégeant dans un comité scientifique pour valider des statistiques médicales politiques ou de celui d’un ingénieur forestier qui approuve ce fait que la conservation forestière devienne une stricte affaire de police. 

Belmadi est le type de cadre citoyen. Il est l’anti-cadre du système. L’intérêt pédagogique du “cas Belmadi”, et tout cadre devrait le méditer, c’est que, dans un tel cas, c’est le cadre qui contraint le système à s’accommoder de sa morale et non l’inverse.


M. H.

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