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contrechamp / ACTUALITÉS

Géopolitique et droits humains


La guerre de Syrie semblait laborieusement s’acheminer vers une solution russo-iranienne. Dans cette perspective universellement admise, une réunion de donateurs se tenait à Bruxelles, en attendant la relance du cycle des négociations de Genève.
C’était sans compter sur le télescopage de stratégies qui, sur le terrain, se font concurrence.  Qu’est-ce qui a donc incité Bachar al-Assad à faire encore usage d’armes chimiques, si c’est lui, comme c’est le plus probable, au risque d’infliger au monde le spectacle insupportable de l’agonie d’enfants gazés ? Pourquoi a-t-il pris ce risque de faire réviser leur position à des puissances occidentales qui avaient fini par prendre le parti de s’accommoder de son maintien à la tête de l’État syrien jusqu’à l’avènement d’une solution
politique et de mettre ainsi en
difficulté ses soutiens russe et iranien ?
Son penchant meurtrier est-il, chez lui, plus prégnant que le sens de l’intérêt stratégique ? Possible : l’histoire regorge d’exemples de dictateurs qui ont été perdus par leur irrésistible inclination sanguinaire.
Le fait est que la scène du massacre barbare a poussé le président Donald Trump à se départir du principe de l’“America first” qu’il avait brandi tout au long de sa campagne électorale. Réaction arrachée par les émouvantes images d’enfants convulsant sous l’effet de gaz neurotoxiques ou exploitation opportuniste du prétexte pour replacer les États-Unis dans leur rôle, qu’ils pensent naturel, de gendarme du monde, pour déplacer vers l’étranger l’attention d’une opinion défavorable à ses premières décisions ou pour se réhabiliter des soupçons de connivences russes dans son élection ? Ou le tout à la fois ?
Avant le bombardement de la base aérienne syrienne par la marine américaine, l’ambassadrice avait présenté la réaction de son pays comme un acte de substitution à l’incapacité du Conseil de sécurité à répondre au crime de guerre commis par le régime
d’El-Assad. Nul ne peut mieux que l’Amérique se convaincre de l’impuissance du “machin”, elle qui, depuis un demi-siècle au moins, assure à Israël son absolue impunité par le moyen du veto, instrument de paralysie du droit international à la disposition de cinq nations et de leurs… alliés.
Pour devenir justiciable devant les instances internationales, un État ou un dirigeant criminel doit être “lâché” par l’unanimité des membres permanents du Conseil de sécurité. Autrement dit, tous les régimes ayant l’intention de sévir contre leurs propres peuples ou leurs minorités, contre les peuples ou minorités de territoires qu’ils occupent ou envahissent doivent prendre la précaution de se mettre sous la protection diplomatique d’une puissance, si possible disposant du droit de veto.
Le mode de fonctionnement et d’action des Nations unies est à la base de cet ordre mondial favorisant la pratique d’allégeance des États faibles aux États forts. Parce qu’“in fine”, le dernier mot revient aux rapports de force entre ces puissances. Même lorsque les droits humains sont le prétexte à l’expression de ce rapport de force.


M. H.

 


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