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contrechamp / ACTUALITÉS

Ghoul, le sabre, le char et la République

“Celui qui espère arriver au pouvoir sur un char se trompe.” En entendant la prophétie d’Ammar Ghoul, on ne peut s’empêcher de se rappeler que l’histoire politique de l’Algérie indépendante est remplie de chars.
Les premiers chars “politiques” sont entrés dans Alger dès le 9 septembre 1962, à l’initiative du colonel Boumediene, deux mois après la proclamation de l’Indépendance ! L’occupation de la capitale par l’armée de l’état-major général (EMG) entérinait ainsi le coup d’État de Ben Bella et son Bureau politique contre le Gouvernement provisoire (GPRA). La seconde fois que les chars quadrillent la ville, ce sera le 19 juin 1965, encore sur ordre de Boumediene qui venait de déposer le Président Ben Bella. La troisième fois, en décembre 1967, les chars, cette fois-ci mis en mouvement par le colonel Zbiri, n’arriveront pas à Alger ; ils seront désintégrés du côté d’El-Affroun par des avions.
La stratégie évolue et se sophistique, en effet, M. Ghoul. En 1967 déjà, on le voit, le char, comme accessoire de prise de pouvoir, était dépassé. Et depuis, l’avion a, à son tour, perdu de son efficacité politique. Aujourd’hui, le processus est occulte et subtil. On n’y entend pas de bruit de bottes et on n’y voit pas de mouvements de troupes. Désormais, les manœuvres politico-militaires peuvent prendre la forme de soirées mondaines, de mariages arrangés, voire de parties de football rassemblant ministres et généraux !
Mais le char, si l’on retient le sens symbolique du terme, ne sert pas seulement à détrôner un pouvoir pour le remplacer par un autre ; il peut, à l’inverse, servir à empêcher la relève de ce pouvoir. Comme il y en a qui arrivent par le char, il y en a qui y restent par le même char. Cela ne se voit pas toujours, en tout cas, pas pour tout le monde, mais, désormais, le char, devenu invisible, furtif, comme nous l’expliquions plus haut, contribue plus souvent à assurer le statu quo qu’à réaliser le changement.
D’autres, de la sainte alliance, ont fait, avant Ghoul, la leçon de la démocratie aux opposants et les ont accablés de mendier le putsch qui les porterait aux responsabilités. Suggérant qu’eux et leurs partenaires s’y trouveraient par la force des urnes. Pourtant, en la circonstance, “le char” ne s’en est même pas caché et a même expliqué, par le menu, les motifs et le cheminement de “son” choix. Qui, pour des raisons d’époque, a été maquillé en choix populaire. C’est ce régime, produit d’une conjonction d’impostures, que ses locataires présentent, à tour de rôle, comme une “république exemplaire”. Et comme le fait Ghoul, se mettent, conformément au proverbe, à “parler de corde dans la maison d’un pendu”.
Pourtant, s’agissant de Ghoul, et si l’on s’en tient à ses origines idéologiques, il devait croire, jusqu’à ce qu’on l’appelle au gouvernement, que le pouvoir se gagne encore à coups de sabre. Mais “c’était avant”… que l’infanterie rugissante de l’islamisme ne se brise contre le blindage du char. C’est cette confrontation-conciliation entre les deux armes, l’arme trempée de sang de la régression et l’arme blindée d’acier de l’immobilisme qui est à la base de la création de cet islamisme rusant qui sait chevaucher le tank sans se séparer de son glaive.

M. H.


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