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contrechamp / ACTUALITÉS

Harga : la religion au secours du politique

L’initiative consistant à proclamer la harga illicite a essuyé une inhabituelle vague de critiques. La démarche a été remise en cause dans sa légitimité et dans son efficacité.
Mohamed Aïssa, dont le propos semble être de défendre la crédibilité de ses prêcheurs pris dans une gênante polémique, avait, préalablement, reconnu que l’anathémisation de la harga ne retiendra pas les candidats à l’émigration clandestine. Il défend donc les imams sans revendiquer la sentence initialement émise par le Haut-Conseil islamique.
Pas besoin d’être un initié pour observer que, par cette fatwa, l’institution religieuse tente de voler au secours d’un pouvoir accablé par un effet tragique de son échec : le départ massif d’Algériens de tous âges et de tous sexes qui fuient leur condition, et donc leur pays, en affrontant un niveau de risque qui en dit long sur leur désespoir. L’assimilation de cet élan à un mouvement de suicide pour pouvoir ensuite le condamner comme acte religieusement prohibé relève du subterfuge. Malgré la dose élevée de risque, le migrant aborde la harga comme un acte salutaire. Son intention est non seulement de vivre, mais aussi de vivre mieux. Et comme il a le droit de se tromper, il ne nous reste qu’à nous en tenir à l’intention, comme le stipule d’ailleurs la religion.
Si toutes les actions à risque devaient être assimilées au suicide, l’historiographie islamique ne regorgerait pas d’autant d’épopées héroïques.  Même en excluant la guerre qui, en islam, constitue souvent un devoir religieux, nous n’aurions pas eu ces grands voyageurs, navigateurs, négociants, géographes et chercheurs de savoir qui ont permis à la civilisation musulmane de connaître son “âge d’or”.
Le problème est qu’il est devenu récurrent, pour le gouvernement, de charger la mosquée d’émettre des verdicts sur des questions terrestres. Le vendredi 12 janvier, c’était Yennayer qui était à l’honneur ; plus tôt, en novembre, un sermon fut consacré à… l’importance des élections locales. Le réseau des zaouïas est régulièrement invité à s’investir dans des opérations de marketing politique, son concours est particulièrement apprécié aux échéances successives de l’élection présidentielle.
Lorsque la religion a tenté de s’arroger le pouvoir d’organiser la vie publique, il nous en a coûté une hécatombe avant de s’en délivrer. Théoriquement. Mais le pouvoir n’a pas assimilé la leçon : il veut juste être le parrain de cette régence religieuse de la Cité. Et il fait croire que s’il reproduit la pratique islamiste, c’est tout de même à de nobles fins. Un peu comme s’il y avait un bon et un mauvais usage politique de la religion.
Sur la question des harragas, le ministre présente les imams en défenseurs “de la République contre les idées qui sèment le désespoir et la démoralisation…”. Un peu comme si ce désespoir n’était pas l’effet d’une gestion.
Convoquer les hommes de religion pour présenter le drame de la harga comme le simple résultat de quelque manipulation mentale revient à leur demander de dispenser, en cette matière comme en d’autres, de son devoir d’inventaire. Non, le pouvoir n’a pas à fuir ainsi sa responsabilité devant la manifestation la plus douloureuse de sa faillite.

M. H.


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1 réactions
Argaz le 05/02/2018 à 14h31

Tout de même, en quoi la rescousse de la zaouïa pouvait dissuader la volonté de nos harragas en quête d’un "lendemain meilleur " ? Nos gouvernants sont-ils à ce point amnésiques pour ne pas se rendre compte de la gravité de la situation ? Le seul remède est de les convaincre de croire en leurs potentialités en leur donnant la parole pour exprimer leurs désarrois en toute liberté et produire des actes concrets quant à la bonne volonté de l’Etat d’œuvrer à leur réelle prise en charge.

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