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contrechamp / ACTUALITÉS

Histoire manipulée, mémoire mutilée

L’ENTV a diffusé des scènes de faits de terrorisme commis au cours de la décennie 1990. Des voix ont dénoncé l’initiative en ce qu’elle a montré des images choquantes … qui les ont choquées. La télévision publique est ainsi accablée d’être venue les déranger dans leur quiétude d’amnésiques, eux qui avaient oublié que, ces années-là, d’autres y ont laissé leur peau. Et de quelle manière ! Qu’importe que la “voix off” ait tenté de subtiliser le mérite de cette épreuve au profit de Bouteflika ! Ces images sont le procès même de la “réconciliation nationale” ; elles constituent d’incontestables pièces à conviction contre le principe d’impunité qui fonde sa démarche.
À considérer que la “concorde civile” puis la “réconciliation nationale” ont ramené la “paix”, il reste que les lois qui les portent n’ont été promulguées qu’en 2000, pour la première, et en 2006, pour la seconde. Le terrorisme n’aurait donc trouvé aucune riposte entre le 29 novembre 1991 (date de l’attaque de la caserne de Guemmar) et le 15 janvier 2000 (promulgation de la loi sur la Concorde civile) ? Où sont passés ces sacrifices, ces souffrances, ces peurs, ces déracinements…? Et cette guerre que des policiers, pas vraiment formés pour cela, ont endurée, que des militaires, de jeunes proscrits le plus souvent, ont assumée, que des civils ont partagée ? Il faut l’oublier ? Ce n’est pas possible : cette guerre est tellement vraie qu’elle… se poursuit. Aujourd’hui même à Errich par exemple.
Et ces résistances ?… Cette jeune femme qui a continué à instruire ses élèves sans porter le hidjab malgré la menace des terroristes et qu’ils ont fini par abattre ; cette étudiante qu’ils ont tirée de l’autobus pour l’égorger parce qu’elle n’a pas obtempéré à l’ordre de se voiler, ce vendeur de cigarettes qui a continué à servir le gendarme, ce boulanger qui n’a pas cessé de livrer la caserne, leur résistance est à jeter aux orties ?
Cette voix off, qui n’en avait que pour le miracle accompli par le président Bouteflika, a-t-elle eu, au cours du montage-son, une pensée pour ses défunts collègues, morts pour que le pouvoir, disons l’État, puisse avoir une voix, malgré le sauve-qui-peut des politiques effarouchés par les hirsutes zombies. Pourtant, de Rabah Zenati (deuxième journaliste assassiné après  Tahar Djaout) à Zoubida Berkane (dernière victime, en 1997), en passant par Mustapha Abada, Smaïl Yefsah et les sœurs Hammadi, ce sont au moins vingt-six membres de la famille de la télévision publique qui ont payé de leur vie le principe de continuité de l’institution.
Il faudrait un jour cesser de traiter notre passé, récent ou lointain, comme un bout d’étoffe dans lequel on taille le costume qui sied à l’autorité en exercice. Cette histoire commence alors dans…la préhistoire, au septième siècle, en 1830, en 1954, en 1988 ou en 1999, au gré des besoins  politiques. On ose demander de pardonner à des victimes aux blessures encore sanguinolentes alors que celles-ci n’ont jamais entendu les excuses de leurs bourreaux.
Que certains préfèrent oublier parce qu’à l’heure de vérité ils n’ont pas l’attitude dont on peut se flatter, ce serait leur droit ; mais qu’on concède que le droit de mémoire est en règle avec leur conscience.

M. H.


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