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contrechamp / ACTUALITÉS

Internet et pensée unique

On ne commente pas une décision de justice, mais on peut s’étonner de ce qu’un jeune universitaire au chômage, réduit à exercer le métier d’aide-maçon, soit confondu d’“intelligence avec une puissance étrangère” !
Les éléments matériels à la base de ces charges ne sont plus disponibles publiquement, mais la multiplicité même des griefs est significative de l’intention répressive. Merzoug Touati, s’il a écopé de la sanction la plus sévère prononcée contre des faits d’expression sur Internet, n’est pas le premier à être poursuivi pour des commentaires émis à travers les réseaux sociaux. Mais la sévérité du châtiment laisse cependant penser que le pouvoir a voulu donner une valeur d’exemplarité à ce cas. Et le fait d’avoir discuté avec un diplomate israélien et un… concitoyen juif constitue une aubaine pour avoir la main lourde. Pourtant, aucune loi ne prohibe ce genre de contacts. Tout se passe comme si, en contradiction avec l’esprit du droit positif, le tabou vaut, ici, illégalité ! Or, en principe, une position politique, même si elle est soutenue par une attitude sociale, n’a pas force de loi.
Mais on a déjà vu la justice punir un comportement, comme celui de ne pas observer le jeûne, simplement parce qu’il est impopulaire. Même, en ce cas, c’est une opinion, vécue comme une transgression d’une conduite générale uniforme, qui est réprimée. L’uniformité est un principe d’inspiration despotique. On l’observe chez les intégristes et dans les systèmes totalitaires. C’est pour cela que le pouvoir “républicain” et l’islamisme se rejoignent dans la répression de l’indiscipline religieuse.
Le rapport de suspicion que le pouvoir entretient avec Internet et, subséquemment, avec les internautes vient de ce que l’expression virtuelle facilite la diffusion d’idées et d’attitudes “déviantes” par rapport à la norme officielle. Cette méfiance, certes, justifiée et rendue nécessaire par les multiples dangers de la cybercriminalité, est aggravée par l’usage politique que les citoyens peuvent (faire) de ce moyen de communication. Or, tout ce qu’ils ne peuvent pas faire dans l’espace publique — se contacter, se rassembler, échanger, débattre, s’exprimer… —  ils le font sur la blogosphère. Il faut donc surveiller cette scène publique virtuelle.
N’oublions pas que nous sommes encore sous un système de pensée unique. Quand il a fallu penser que tamazight était une hérésie, nous devions tous l’admettre, et quand il a fallu penser que tamazight allait de soi, nous devions tous l’accepter. Et nos Assemblées ont toujours les révisions constitutionnelles contraires avec la même unanimité. N’oublions pas, non plus, que le système, conçu sur l’hypothèse de cette pensée uniforme, a dû souffrir, à partir de 1989, l’irruption de la liberté d’expression portée par l’acquis nouveau de la liberté de presse. Un temps, la liberté de la presse et le multipartisme ont permis un débat d’idées qui a mis le système en déroute politique ! Il en a gardé un traumatisme qui le caractérisera à jamais. Ce traumatisme explique son aversion pour la presse et sa répression instinctive et continue.
Si maintenant, grâce à Internet, n’importe quel citoyen peut se concevoir journaliste ou militant… le système ne peut que sévir encore plus.


M. H.


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