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contrechamp / ACTUALITÉS

Justice en crise… politique


En vingt ans, Bouteflika a méthodiquement organisé la dégradation de l’institution judiciaire pour enfin la projeter, avec le système Louh, au centre de l’affairisme mafieux, devenu activité prioritaire des responsables politiques et des dignitaires du régime. Toutes les institutions du pays ont souffert de l’orientation prévaricatrice imprimée à l’État, mais la justice a été érigée premier rempart dans le dispositif de protection de l’entreprise de déprédation nationale. L’impunité et l’omerta étaient à ce prix.
à l’avènement du mouvement populaire, la justice, plus exactement la magistrature, dans une proportion qui reste à mesurer, y a d’abord vu une opportunité de réhabilitation vocationnelle. Les circonstances étaient favorables à cette évolution, puisque le peuple menait une révolution civilisationnelle dans l’espoir d’instaurer enfin l’État de droit que les pouvoirs ont tant agité et que des générations d’hommes de justice et de militants ont tant revendiqué. Elles y étaient favorables aussi parce que le pouvoir de fait avait commencé par faire valoir son engagement à prendre en charge les exigences du peuple dans leur intégralité. Il n’y avait donc plus d’obstacle politique à un affranchissement enfin de la fonction judiciaire. Les choses ont cependant changé quand, au mois de juin, il est apparu que le mouvement populaire ne peut pas se satisfaire d’un changement de président dans la tradition électorale du régime. Pour le pouvoir, ce n’était plus le peuple qui manifeste, et quand c’est lui qui, pour partie au moins, manifeste, il est manipulé, infiltré par des adversaires… Cela a constitué un tournant dans le rapport du pouvoir au hirak : entraves aux marches, black-out médiatique, répression ciblée… Une répression dans laquelle la justice est prioritairement mise à contribution.
La “judiciarisation” de la répression du hirak a mis à mal des magistrats, pour partie au moins, sensibles à la résurrection démocratique massive et pacifique. Ils l’ont montré en organisant, par endroits, leurs propres marches.
Or, l’évolution des événements a fini par les contraindre à assumer cet énorme paradoxe : alors que l’indépendance de la justice, fondement de l’État de droit, constitue le principal enjeu du soulèvement pacifique contre l’État de force, il est demandé à la justice de prendre fait et cause pour l’autoritarisme. Dans le contexte présent, il n’est pas possible de maquiller en affaires de droit commun des poursuites contre des activistes et manifestants du hirak !
La crise que vit la justice depuis l’annonce du mouvement du personnel judiciaire, le 24 octobre, prend appui sur des questions syndicales et professionnelles, mais celles-ci ne peuvent être que dépassées par l’enjeu politique autour de l’indépendance de l’institution. Parce que cette problématique de l’État de droit, c’est elle-même l’enjeu du mouvement populaire en cours.  Ce qui se passe ces jours-ci n’est pas une crise de justice ; c’est la manifestation judiciaire de la crise de régime. La crise est en effet partout dans l’État. La question politique se pose donc à l’institution judiciaire aussi. 
Déjà que celle-ci a été largement abîmée par des décennies d’autoritarisme et surtout par les deux décennies d’arbitraire clanique et de dissolution morale, son état ne peut que s’aggraver si elle rate le virage transitionnel. 
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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