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contrechamp / ACTUALITÉS

La civilisation, selon Makri

Deux jours avant d’arriver à Alger, Erdogan a, au cours d’un discours public, appelé à la tribune une fillette en treillis et drapée de l’emblème turc. Et il fit ce commentaire : “Si elle venait à mourir en martyre, on la couvrira du drapeau.” Éloge du suicide sacrificiel d’enfants !
Deux jours après, Makri, l’ancien président du MSP, qualifie ceux qui ont négativement commenté la visite du président turc en Algérie de   “traitres et de collaborateurs qui renient leur culture”. C’est donc à cette culture du patriotisme barbare qu’il voudrait qu’on soit fidèles ! Mais quand on a dirigé un parti, l’ex-Hamas rebaptisé MSP, dont le fondateur a débuté sa carrière politique en sciant des poteaux dans son pays et en organisant les départs, financés par les Saoudiens, de cohortes d’adolescents algériens pour l’Afghanistan, on ne peut que converger vers la culture de la violence et du bellicisme d’Erdogan.
Croyant indisposer les opposants à la visite de son autocrate adulé, ces “collaborateurs qui renient leur civilisation et leur culture”, comme il les désigne, Makri leur reproche d’avoir accueilli Macron et de s’attaquer à Erdogan. C’est là l’occasion de tenter une comparaison sur l’état de civilisation de nos deux anciens et successifs occupants.
D’abord, à propos du regard de chacun sur son passé colonial, Macron est bien le premier personnage officiel d’une ancienne puissance coloniale à reconnaître que la colonisation (française en Algérie) fut un crime contre les droits de l’Homme. Pour les responsables turcs, et beaucoup de responsables et d’hommes politiques algériens, malheureusement, ces trois siècles d’exploitation et de répression n’étaient qu’une “présence ottomane”. Oui, elle n’est que cela pour les parjures de… l’Histoire qui trahissent, a posteriori, les souffrances de leurs aïeux. On ne devrait pas transiger avec la nature violente, injuste et inhumaine de la colonisation. De toutes les colonisations.  
Et, pour revenir au présent, Macron figure en gros ce que les démocrates algériens veulent pour leur pays : un président qui ne se fait pas élire pour développer de la corruption au profit de ses proches, un président qui ne vient pas au pouvoir remettre en cause la démocratie de liberté et de droits de l’Homme dont jouissent ses concitoyens. Et Erdogan figure la malédiction de “la démocratie en pays musulman” : il a fait évoluer la démocratie kémaliste vers un despotisme islamiste et prévaricateur d’apparence multipartite. En éradiquant la presse libre en particulier.
Dans son dernier rapport, Amnesty International a établi le constat suivant : “Il se trouve que la quasi-totalité des journalistes tués depuis 2012 l’ont été dans des pays très corrompus.”
Alors qu’il soit clair qu’en termes de valeurs — c’est-à-dire de civilisation —, les démocrates de notre genre avons bien plus à partager avec Macron qu’avec Erdogan. Si la Turquie a connu la modernité, c’est parce qu’un Kemal éclairé a perçu les bienfaits pour son peuple des idées de lumière, dont la laïcité. Une modernité qu’Erdogan est en train de faire régresser au nom de l’islam. Car la civilisation, ce n’est pas un héritage figé infecté d’intégrisme, c’est la capacité de l’humanité à s’inventer et s’imposer des valeurs.


M. H.


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