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contrechamp / ACTUALITÉS

La course astrale du régime

Des personnalités viennent d’écrire au président Bouteflika pour lui demander de renoncer à un cinquième mandat. Dans leur lettre, les signataires s’abstiennent de juger son long règne ; ils en appellent seulement à son sens de l’intérêt du pays et à sa sagesse et lui suggèrent un retrait qui clôturera, enfin, le temps de la légitimité révolutionnaire pour inaugurer l’ère de la légitimité populaire.
L’initiative vient soutenir la conviction, largement partagée, que, de l’intérieur du régime, l’idée de fin de règne n’est point envisageable. Et qu’il faille la lui suggérer de l’extérieur. Mais chacun sait la vanité des appels à la raison et de l’invocation de l’intérêt du pays en pareilles circonstances. Que reste-t-il alors comme arguments pour les tenants du changement ?
Aucun. Car le renoncement est dans la société. Le régime, lui, c’est dans sa substance politique que de vouloir s’éterniser. Il n’a pas été pensé en référence à une forme d’État démocratique, un système d’alternance. Le régime actuel, en particulier, relève d’une conception patrimoniale du pouvoir. Sans qu’aucune résistance significative ne vienne contester ses abus ou son option autoritariste qu’il veut pérenne. Seul point faible : celui d’avoir fondé sa “stabilité” sur la “légitimité” incontestable et inégalable de son chef. Inégalable et donc irremplaçable. Après, Bouteflika, nul n’est suffisamment légitime. Et surtout, nul n’est plus légitime qu’un autre pour personnaliser le régime.
Le départ de Bouteflika, c’est le coup d’envoi des grandes manœuvres. Sans Bouteflika, le jeu est ouvert. Le jeu des arrangements et des affrontements ou le jeu de la démocratie, au choix. Et cela, ceux qui veulent de ce changement, chaotique ou ordonné, sont, pour l’heure, les plus forts : les fortunes oligarchiques détenant le monopole des autorisations d’investissement, des domiciliations d’importation et des marchés publics, les rentiers des hautes fonctions, les multiples mafias politico-financières de province, les activistes de l’entrisme islamiste, les rentiers sociaux et le peuple de l’économie informelle, les masses dépolitisées qui cultivent un conservatisme fataliste, nos partenaires étrangers attachés à notre “modèle” économique de bazar…
En face, les plus déçus du régime, ses victimes les plus opprimées, finissent par s’en remettre au recours salutaire de la “lettre ouverte au président de la République”. La lettre des quatorze personnalités ne déroge pas à cette distinction entre un chef bienveillant et des “forces malsaines” dans le régime. Pourtant, la question du renouvellement du mandat présidentiel a, dès le début — crise de régime de 2004, viol de la Constitution en 2008 — été une question interne au régime et elle le demeure.
Mais depuis, la situation interne semble s’être aplanie de sorte que les prorogations de mandats relèvent de la nature des choses, entraînant le pays dans toutes ses composantes dans une folle course de fuite en avant. En refusant d’envisager sa propre fin, le système a déjà condamné l’Algérie à une fin de type astrophysique.


M. H.

 


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