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contrechamp / ACTUALITÉS

La démocratie, la dictature, le citoyen et l’armée

Le général Gaïd Salah a encore proclamé que l’ANP “est une armée qui agit dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles et qui ne peut en aucun cas être entraînée dans des luttes partisanes et politiques et s’impliquer dans des conflits stériles”. Il croit sûrement que la question du rôle politique des militaires est ainsi épuisée par le simple fait que son chef d’état-major proclame sa neutralité.
Pourtant, lui-même constate la difficulté à convaincre d’un tel fait puisque, bien qu’il ait “eu à (s)’exprimer et à préciser, avec grande insistance et à plusieurs occasions”, sur “ce registre”, cette question se repose à chaque échéance.
Depuis l’indépendance de l’Algérie, ses régimes successifs ont nié l’essence militaire de leur pouvoir, en escamotant cette réalité plus qu’en la récusant d’ailleurs. Avec l’intronisation du président Bouteflika, le processus de désignation de celui qu’on a d’emblée déclaré “candidat du consensus” a pris des allures de secret de Polichinelle. Au point qu’un des généraux “décideurs” a décrit, par écrit et par le menu, la manière dont le choix de Bouteflika fut adopté et les arguments qui y ont poussé. Il est remarquable qu’un décideur ait, avec cette appréciable franchise, assumé ce fait d’Histoire.
En Algérie, l’armée détient le pouvoir et investit qui elle veut des prérogatives de ce pouvoir. Mais prise au pied de la lettre, la formule peut s’avérer inadaptée et ne pas correspondre à la réalité des faits. C’est d’ailleurs le général Nezzar qui apporte cette précision, en évoquant, le 23 avril dernier, non pas la désignation de Bouteflika, mais celle de Chadli. “En 1979, ce n’est pas l’armée qui a ramené Chadli. C’est Kasdi Merbah et deux autres personnes, donc trois officiers, mais pas toute l’armée”, déclarait-il. Le même scénario, avec un nombre proche d’officiers, s’est répété en 1998.
Vu sous cet angle, le procédé n’engage pas l’armée mais quelques membres de son haut-commandement. Mais le fait serait plus grave, puisque ce n’est plus une institution, mais un petit nombre de personnalités agissant en son nom qui accaparent la décision politique du pays.
C’est peut-être parce qu’il se sentait un peu à l’étroit dans ce mode d’accès au pouvoir que Bouteflika conditionnera sa prise de pouvoir effective à une “majorité écrasante”, manière de rattraper un mauvais procédé de désignation par une bon score électoral.
Et s’il restait une ultime preuve à fournir d’un pouvoir militarisé, c’est l’objectif que le Président lui-même s’est donné, au cours de ce quatrième mandat, de promouvoir enfin un “État civil”, une forme d’État où l’armée se désengagerait de la décision politique et de l’activité de police politique.
Des révocations et des titularisations ont été opérées, mais nul n’est en mesure d’évaluer le niveau d’“encivilement” auquel l’État est parvenu.
Mais qu’importe la réalité du rapport entre l’armée et l’institution politique : en l’absence de démocratie, elles ont un besoin organique l’une de l’autre. C’est pour cela que nous en sommes encore au choix entre démocratie et dictature. En démocratie, le pouvoir a besoin du citoyen pour l’élire ; en dictature, il a besoin de l’armée pour sévir. À vous de juger.   


M. H.


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