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contrechamp / ACTUALITÉS

La lubie de l’autosuffisance

Le ministre de l’Agriculture vient d’annoncer l’autosuffisance prochaine en produits agricoles. Il n’y a qu’un déficit en céréales, lait et viandes à combler, précise-t-il.
D’accord. Mais comment fera-t-il pour satisfaire nos besoins en café, sucre, banane, tabac ? Et ici, il n’est question que de produits incontournables.
Ce n’est donc certainement pas de la chimère d’autosuffisance dont le ministre a parlé. Mais de couverture des importations agricoles par les exportations agricoles. Or, pour cela, il faudrait commencer à exporter.
Si les pouvoirs publics pouvaient résoudre le problème du déficit en viandes, lait et céréales, on l’aurait su depuis le temps qu’il se pose. En fait, la question de l’agriculture en Algérie est une question agraire. Cette question agraire est elle-même une question foncière. Tous les régimes et gouvernements qui se sont relayés à la tête du pays ont refusé d’affronter cette question globale. Et ce faisant, tous ont accepté de maintenir l’agriculture dans le piège où elle est tombée au lendemain de l’indépendance.
Tous ces pouvoirs ont voulu disposer de la décision en matière foncière. Pour des raisons psychologiques, pour des raisons idéologiques et pour des raisons politiques. Mais jamais la terre n’a été traitée sous l’angle de la raison économique. Pourquoi a-t-on maintenu le tabou de la privatisation des terres alors qu’on a fini par concevoir le fait de privatiser une entreprise industrielle ? Parce que la terre n’est pas perçue comme un facteur de production mais comme un patrimoine. Le détenteur du pouvoir ne peut pas concevoir qu’un Algérien accède à la propriété foncière, un peu par complexe colonial, un peu parce qu’il préfère l’émietter à la distribuer en butin à son clan.
La propriété agricole privée est la seule à même de rentabiliser une exploitation. Le pouvoir le sait. Et c’est pour cela qu’il passe son temps à imaginer des solutions hybrides qui ne sont ni la privatisation ni la propriété publique. Il espère ainsi concilier la logique économique et le tabou idéologique. Mais il espère aussi garder la main sur la décision foncière : il peut alors, à sa guise, créer un lotissement résidentiel à la place d’un verger, comme à Birkhadem, ou planter des usines dans un périmètre maraîcher, comme à Rouiba.
La priorisation de la solution de facilité (on construit sur des terrains qui demandent le moins d’effort de génie civil) a abouti à ce résultat : les quelques plaines riches du littoral Algérien (Annaba, Skikda, Mitidja, Oran-Arzew…) ont accueilli l’essentiel de l’industrie et l’écrasante majorité de la population a subi l’urbanisation effrénée que l’on sait. En fait, il n’y a plus assez de terre pour une autosuffisance agricole, même comprise dans le sens d’une couverture alimentaire par l’exportation-importation. Avec l’insouciance environnementale, le déficit d’aménagement, l’érosion due à la déforestation, l’avancée du désert et la croissance démographique, la question se posera avec de plus en plus d’acuité. Et elle ne se règlera pas avec de téméraires prophéties.
Au demeurant, dans un monde économique globalisé, la notion d’autosuffisance sectorielle est une absurdité. Elle n’apparaît plus que dans les discours populistes des responsables qui veulent ébahir leurs naïfs publics.

M. H.


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