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contrechamp / ACTUALITÉS

La marche d’un hirak… entre deux feux


En termes d’affluence, le cent huitième vendredi du mouvement populaire n’a pas différé des précédents.  Mais les embûches auxquelles les manifestants sont confrontés depuis la reprise du hirak se multiplient et se diversifient. À commencer par l’offensive de banalisation de la communication islamiste entamée bien avant le retour du Hirak dans la rue. À Alger, la production industrielle de pancartes aux messages vicieusement orientés témoigne d’une entreprise structurée d’islamisation rampante du discours du Hirak.

On reconnaît là la stratégie de phagocytage par les organisations islamistes d’une initiative politique à laquelle elles sont, à l’origine, étrangères. Cependant, bien que la société soit culturellement en accord avec la sémantique islamiste, le risque de voir le soulèvement populaire détourné de son objectif originel est minime : la revendication de changement du système autoritaire par un système qui valorise le choix démocratique est nettement intégrée par les Algériens qui manifestent. Elle est encore plus explicite chez les plus jeunes, malgré les quarante ans de formation scolaire au fanatisme. 

Dans les marches, on peut nettement distinguer l’activisme de petites escouades de barbes blanches, résidus du FIS dissous, squattant les têtes de carrés de manifestants et s’efforçant d’imposer leurs mots d’ordre. Un artifice qui a longtemps été éprouvé au cours des marches d’étudiants avant que ceux-ci ne reprennent le contrôle de leurs slogans. Côté pouvoirs publics, depuis l’interpellation du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, la pression policière directe sur les marcheurs a diminué.

Mais le vendredi reste marqué par les multiples obstacles visant à limiter l’ampleur des manifestations et réduire leur impact médiatique. Les barrages et, par endroits, les fermetures de voies servent à contenir l’afflux de citoyens ; et la suspension du flux internet a pour objet d’empêcher l’information sur la réalité du terrain. Dans l’institution du black-out électronique pour tous les vendredis après-midi, on peut deviner la réelle volonté du régime de persister dans le déni de la revendication citoyenne.

Le mouvement populaire n’en est pas à ses premières épreuves. Depuis son déclenchement, il a enduré toutes sortes de contrariétés, à commencer par la brutale répression que de nombreux activistes ont eu à subir, les opérations successives de “dialogues” par lesquels on a tenté sa manipulation, le discours complotiste, etc. 

Par la confusion sémantique qu’ils essaient de semer dans les manifestations, les islamistes veulent perturber l’essence pacifiste, moderniste et démocratique du soulèvement citoyen et s’y donner un rôle en faisant valoir leur monopole de l’antimilitarisme (alors qu’ils sont en même temps de vrais apôtres de la violence armée !).

Au début, c’est le pouvoir qui s’y employa en appelant à la convergence nationalisme-islamisme (novembria-badissia), en réveillant, par l’entremise de ses “mouches électroniques”, les vieux démons arabistes (la provocation des “zouaves”, la chasse au drapeau amazigh…). Les deux forces brutales ont convergé dans leur volonté de contrarier le mouvement citoyen. Que cette convergence soit concertée ou non n’importe pas. Le fait est que le mouvement n’est pas près de perdre de vue le cap qui est son essence.

 

 

M.H
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