Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

La prospère économie de la foi

Demain, des millions de moutons seront sacrifiés. Au sens rituel et au sens économique. Les ménages algériens semblent détendus, trouvant finalement “raisonnable” le prix du mouton.
Ils se plaignent cependant, depuis quelques jours déjà, de la cherté des fruits et légumes. Et la presse, se faisant l’écho des préoccupations populaires, comme de bien entendu, s’est fait l’écho de cette hausse et de la “spéculation” qui, paraît-il, fait monter la tension sur la pomme de terre, les navets, etc.
La manière dont nos concitoyens envisagent leur budget fait qu’ils peuvent débourser, avec un certain enthousiasme, entre trente et cinquante mille dinars (entre deux et trois fois le smig) pour un mouton qu’ils consommeront en trois jours en moyenne et se lamentent de devoir payer quelques centaines de dinars de plus pour les légumes qui vont l’accompagner en cuisine.
Le mouton de l’Aïd n’est donc pas un sujet économique. Et il ne vient culturellement pas à l’esprit du citoyen-fidèle d’économiser sur ce chapitre. La “spéculation” à laquelle le rituel donne lieu est assumée comme un mal nécessaire et intégrée comme donnée naturelle du modèle de consommation. Mais les fruits et légumes, eux, n’ont pas à se surévaluer, n’étant pas divinement prescrits. Peut-être que des scientifiques se sont déjà penchés sur cette espèce d’”économie du sacré” et de que les rites religieux créent une demande de produits et des services littéralement incompressible.
Nous ne sommes plus en présence du “consommateur rationnel” soumis aux lois naturelles régissant les échanges matériels et le comportement de l’acheteur. Pour un type de fidèles, plutôt majoritaires, un mouton de l’Aïd s’achète, cher ou à bon marché.
La première aubaine, dans cette économie providentielle, est celle qui profite à l’Etat saoudien, lui-même propriété privée de la famille des Ibn Saoud. Le royaume s’efforce de superviser la foi de centaines de millions de musulmans dans le monde avec lesquels il partage la même religion mais pas la rente générée par ses Lieux Saints. Ce marché de dizaines de millions de pèlerins, entre hadj et omra, par an, il en dispose… souverainement. Il s’arrange même pour vendre à tout ce beau monde de l’eau d’un même puits !
Mais il n’y a pas que les “propriétaires” des Lieux Saints que la religion enrichit. La finance islamique, supposée basée sur la gratuité du crédit, sur le crédit sans intérêt, constitue un autre leurre inventé pour soulager la conscience d’entrepreneurs, de commerçants et de consommateurs qui en font la demande. Mais dans le processus de financement, la banque ne fait que déplacer le lieu de ponction de la rémunération de sa prise de risque. On peut aussi rappeler l’importance grandissante du marché de l’alimentation halal…
Ce n’est pas un hasard si les fidèles ont été convaincus que la consommation ritualisée est irréductible au statut de simple catégorie marchande. C’est ce credo qui assure à ce juteux secteur son insensibilité à loi du marché et à la fluctuation des revenus. Un secteur sans crise. Une pure rente pour exploitants de la foi.

M. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER