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contrechamp / ACTUALITÉS

La révolution citoyenne “arabe”


La démission du Premier ministre Saad Hariri, si elle est une victoire du soulèvement convivial des Libanais, ne constitue qu’un début de réponse à leur revendication de rupture avec l’État confessionnel. Car ce que réclament les manifestants n’est rien d’autre que le changement du système politique basé sur le confessionnalisme établi par l’accord de Taëf et que la Constitution devait faire “progressivement” évoluer.Les Libanais, bien que vivant dans le pays arabe où règne la plus grande liberté politique, sont les figurants d’une vie publique où ils ont d’abord le statut de membres d’une communauté religieuse. Ce qu’ils revendiquent depuis deux semaines, en demandant le départ du pouvoir et le changement de “système”, c’est la réappropriation de leur citoyenneté. Le fonctionnement de “l’État” du Liban, même s’il est formellement démocratique, revient à une permanente recherche du point d’équilibre intercommunautaire. Le Liban est aussi ce qu’en a fait la guerre d’influence dont il est le théâtre.  De ce communautarisme de confrontation résulte une domination politique de quelques familles, économiquement puissantes aussi. Ainsi, les obédiences et groupes religieux, ainsi que les structures politiques qui les représentent ont un fonctionnement dynastique où les enfants de “familles politiques”, au sens étroit du mot famille, héritent des suzerainetés des parents. Leur tutelle politique s’exerce sur la communauté religieuse et sur son fief. Le poids des “familles” est le poids économique, politique et… militaire, à l’occasion, de leurs communautés respectives et de leurs prolongements géopolitiques. Le rôle, aujourd’hui réduit, de la Syrie, de la France, de l’Arabie saoudite et de l’Iran dans l’évolution des équilibres et des carrières politiques a toujours été déterminant. Cette société de contradictions, de clivage et de confrontation est cependant traversée par un fort sentiment national, fruit d’une expérience historique faite d’éprouvants épisodes. C’est de ce fonds commun que semble surgir cette forte demande de citoyenneté, de dépassement de l’archaïsme communautaire à base religieuse. Comment, en effet, une société aussi empreinte de modernité que la société libanaise pourrait-elle continuer à avancer avec un État qui se veut moderne, lui aussi, mais qui, au lieu de superviser la vie de citoyens, gère des rapports entre chapelles, chacune comptant ses ouailles et comptant sur son protecteur-manipulateur étranger ?! 
Les peuples “arabes”, avant d’être victimes de leurs dictatures, sont victimes de l’hégémonie de la religion dans l’organisation et le fonctionnement politiques de leurs pseudo-États. 
La soi-disant “laïcité” du Baath irakien n’était elle-même qu’une imposture sémantique : le pouvoir militaire irakien était une dictature à fondement confessionnel. Et au lendemain de la chute de Saddam, la même philosophie politique organisait la revanche chiite. Tous les États arabo-musulmans sont régis par des systèmes où la religion, au sens large, est enrôlée dans une fonction de légitimation du partage de pouvoir par des familles, sectes, tribus, clans et pour la justification de l’autoritarisme. Les peuples “arabes”, c’est-à-dire les individus qui les composent, hésitent encore à se mettre historiquement à niveau. Au vingt-et-unième siècle, ils commencent à peine à entrer en lutte pour l’accès à la citoyenneté.  
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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