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contrechamp / ACTUALITÉS

La stratégie de la “ligne rouge”

Dans le discours de nos dirigeants, l’épouvantail du danger qui guette aux frontières a cédé la place au spectre de la division. Aucun d’eux ne rate plus l’occasion de crier à la sacralité de l’unité nationale et de tonner contre des séparatistes qu’ils ne nomment cependant pas. Le haro est invariablement souligné de la formule  “ligne rouge”, devenue caractéristique de ce langage de la menace.
Ces fulminations sont un peu simulées, il faut le dire, parce qu’à l’époque où l’existence nationale était menacée par une entreprise terroriste aux capacités dévastatrices, les tribuns d’aujourd’hui ne prenaient pas ce ton belliqueux à l’égard des islamistes armés. Pour ceux qui n’étaient pas en sympathie avec le projet, le temps et le ton étaient plutôt à la conciliation. On avait laissé aux forces de sécurité et à ceux qui, dans la société, avaient pris le parti de résister au dessein obscurantiste, le soin de se débrouiller avec cette armée de terreur dont l’intention était de dissoudre l’État et le peuple algérien dans une oumma totalitaire. La plupart des politiciens du sérail préférant donner des gages de bons sentiments aux destructeurs de la patrie en les entourant d’offres de réconciliation. Et si, aujourd’hui, ces rugissements sont  plus aisés à pousser, c’est parce que la menace s’est estompée.
Pour l’heure, et jusqu’à de plus amples informations, personne n’a pris le maquis pour “libérer” un bout du pays ou une partie du peuple, mettant en péril l’intégrité territoriale ou l’unité nationale, et justifiant alors cet alarmisme de propagande. Certes, les Touareg se sont réunis comme une communauté, mais pour formaliser une plateforme de revendications qui ne laisse transparaître aucune velléité de singularisation. Certes, il est question d’une version indépendantiste dans la vision autonomiste qui se manifeste en Kabylie, mais comme expression d’un dysfonctionnement systémique, ce genre de mouvement, au lieu de pousser au réflexe de répression, devrait inciter le pouvoir, et ses éclairés dirigeants, à l’introspection.
Non, ils préfèrent nous faire peur avec ce discours de sommation : si vous bougez, vous risquez de vous retrouver dans le camp des factieux et de prendre le risque du châtiment qu’appelle le dépassement d’une “ligne rouge”. Et comme ils cultivent l’instinct de la répression qui les amène toujours à prioriser la menace et la punition sur la réponse politique…
C’est tellement plus facile de réprimer la moindre tumescence politique ou sociale que de lui imaginer une réponse de gestion ! Ce n’est d’ailleurs pas la vocation des rentiers de la politique qui nous tiennent lieu de dirigeants que d’imaginer des réponses politiques à des questions politiques. Ils ne savent que s’en remettre à la force brute pour défendre leur rente.
Sinon, et même si l’unité nationale est en danger, ils sauraient vite qu’il n’y a rien d’autre que leur gestion et leur pratique de la prédation qui la menacent. Quoi de plus dangereux, en effet, pour l’unité d’une nation, que cinquante ans de gabegie, de concussions, de répression, d’étouffement, de déni d’identité, de clanisme, de régionalisme et de népotisme ? Avec un tel palmarès, le personnel du pouvoir aurait tort d’aller chercher d’éventuelles sources de divisions ailleurs que dans son système.


M. H.


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