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contrechamp / ACTUALITÉS

L’agriculture en… campagne

Les assises de l’agriculture ont tourné au meeting électoral. L’état du secteur décrit par les intervenants officiels est tel que l’on peut s’interroger sur l’utilité d’un débat autour d’un secteur qui fonctionne si bien.
Certes, quelques problèmes ont été relevés : trop de terres restent en friche, la part de culture irriguée est faible, l’insuffisance de la production, l’industrie agroalimentaire est sous-développée, la main-d’œuvre est rare… À part cela, l’agriculture va bien. Grâce aux “transformations profondes connues par le pays juste après la tragédie nationale (notons la précision chronologique)” qui, selon Abdelkader Bouazghi, “traduisent la vision stratégique des autorités suprêmes…”.  
Les autres interventions d’officiels ont été de même facture. Finalement, il n’y a eu que le Président pour désigner, dans son message, de réels obstacles au développement agricole. En particulier ceux ayant trait au vieillissement de la population rurale et au désintérêt de la jeunesse pour le travail de la terre. Il se trouve que ces fléaux, pour être des effets directs et prévisibles des politiques nationales de “développement”, ont été aggravés durant l’ère Bouteflika. Quand Boumediene expliquait que “le développement, c’est l’industrie”, lourde de préférence, les besogneux paysans de l’époque ont quitté leurs impécunieux lopins pour s’entasser autour des prometteuses zones industrielles et des cités. Là, souvent installés dans des bidonvilles qui ne les changeaient pas trop de leurs misérables gourbis du terroir, ils disposaient au moins d’un travail en sureffectif dans les usines et les administrations tumescentes d’alors, et regardaient, avec espérance, pousser les cités-dortoirs.
Des usines et des cités prenaient justement la place du blé, des maraîchages et des arbres fruitiers. L’agriculture traditionnelle perdait, peu à peu, son personnel, débauché par l’entreprise publique et la bureaucratie budgétivores. Et les anciennes fermes coloniales, domaines de cultures intensives devenus “biens vacants”, sont gérées par des collectifs prolétarisés qui, à leur tour, les abandonneront en n’y gardant que… le logement !
En cinquante ans, rien n’a changé dans ce processus de dépeuplement rural. Bouteflika l’a accéléré et aggravé avec une politique de logement péri-urbain intensif et une politique de subvention qui a tué l’agriculture vivrière, d’appoint. À Djenane Sfari, le bien nommé Birkhadem, on défonce des vergers pour y “reloger”, par cohortes télévisées, des familles de mal-logés qui passent de la pré-urbanité à l’urbanité. Comment peut-on prétendre à une politique agricole quand on témoigne un tel mépris au capital agraire ?
Aujourd’hui, il n’y a plus d’usines et d’administrations en manque d’effectifs. Les nouveaux citadins, dont beaucoup affluent vers la ville, attirés par la politique populiste du logement, inscrivent leur avenir dans le commerce informel soutenu par la rente. On ne quitte pas l’eldorado du trabendo, des concessions de parking, de l’économie souterraine, du crédit non remboursable, de l’activité politique devenue payante, pour retourner au dur labeur de la vraie campagne.
Mais tout ce processus de faillite économique et morale, nos responsables le savent. Mais l’activité qui les motive, ce n’est point l’agriculture, mais la campagne. Électorale.


M. H.


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