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contrechamp / ACTUALITÉS

L’Algéristan en devenir

Des spectacles ont été annulés dans plusieurs endroits du pays. Ici, par des groupes improvisés de “maintien de l’ordre moral”, et là, par décision d’autorités prévoyantes préférant battre en retraite devant la menace de descentes islamistes en colère contre la fête. C’est rare, mais il arrive au pouvoir d’anticiper. Quand il s’agit d’assurer sa “stabilité”.
La question du traumatisme déposé dans l’inconscient des Algériens par les années de sang fait régulièrement débat. Mais on semble n’avoir pas observé que le pouvoir et le personnel politique ont été les plus gravement traumatisés par la terreur islamiste. C’est qu’ils n’étaient pas mentalement préparés à se défendre ; ils se sont toujours conçus comme les détenteurs de l’aptitude à réprimer, jamais comme victimes potentielles. Depuis cette choquante expérience du terrorisme, dès que quelques barbus hirsutes nous rappellent à l’ordre, notre pouvoir se hâte de transformer leur vœu en acte. Il suffit que trois poilus en savates trimbalent une pétition dans un quartier, et ils vous ferment un bar ouvert depuis 1903 !
Et parfois, il fait l’effort de devancer leurs désidératas. Et d’interdire lui-même les spectacles pour que leurs troupes n’aient pas à les perturber. Et pour que le pouvoir lui-même n’ait pas à assumer son devoir d’ordre public face à eux.
C’est ainsi que le régime défend la République : en la faisant plier devant les sommations obscurantistes. C’est cela aussi la doctrine de la “réconciliation nationale” : faire toutes les concessions imaginables aux islamistes jusqu’à les dépouiller de leurs revendications, déjà prises en charge par l’État. Le résultat en est que la République algérienne, qui prétend avoir vaincu le terrorisme, s’est transformée, pour les beaux yeux de l’islamisme, en théocratie de fait. Une République dont la référence doctrinale est l’islamisme et dont le slogan de démocratie n’est qu’un simple habit de fausse modernité.
Un vent d’émotion circule à travers les médias. Les journalistes et les activistes des réseaux sociaux, ainsi que les populations qu’ils représentent sont agités par le même traumatisme que les hommes politiques : ils s’émeuvent de ce que certains événements leur rappellent que l’Algérie n’est pas ce pays qu’ils imaginent ou qu’ils font semblant d’imaginer. C’est en plein été, saison de fête et de veillées, qu’ils découvrent que la “normalité” de leur pays n’est qu’illusion.
Ils ont déjà eu un aperçu de la voie prise par leur pays… à la plage, cette plage algérienne où l’on expose les corps des hommes et cache ceux des femmes. Mais chacun ferme les yeux, comme le fait le pouvoir. Puis s’invente sa solution propre pour ne pas avoir à affronter le problème. On invente alors le “vrai” problème de la plage algérienne : le loueur de parasols ! Étonnement, c’est haro sur celui qui reste l’ultime concurrent des islamistes dans la gestion de “l’ordre public” de bord de mer.
On dirait que personne ne voit le mouvement de “stanisation”, commencé en même temps que le processus de prétendue “réconciliation”, qui mène le pays vers son avenir de “stan”. Et il y en a qui, dans ce naufrage collectif, trouvent parfois que l’eau est froide.


M. H.


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