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contrechamp / ACTUALITÉS

Langage démocratique et langage de la violence

Comme prévu, la sortie du mouvement Mouwatana à Constantine a été empêchée. Alger ne doit plus se sentir seule à être persécutée. Après Béjaïa et d’autres cités, voici Constantine interdite d’expression. Et voici confirmée la démocratisation territoriale du bâillon.
L’état de siège décrété, en tout cas appliqué, hier pour Constantine n’avait rien à envier aux branle-bas de combat que suscitent les mouvements citoyens dans la capitale. Avec réquisition de camions de la voirie et autres services publics, façon “taxis de la Marne”, pour barrer la route aux envahisseurs venus d’Alger pour importuner la paisible capitale de l’Est.
Il n’y a donc pas à se lamenter de cette répression. Ce n’est qu’une exaction de plus à l’encontre des Algériens voulant exprimer une contestation ou un avis dissonant. Ce n’est qu’un moment de plus dans la vie d’un ordre autoritaire assumé. Pour le régime, l’activité politique est tolérée à condition qu’elle ne prenne pas la forme d’une mobilisation populaire, d’un projet un tant soit peu fédérateur. L’administration et les services de sécurité assimilent parfaitement le mot d’ordre : tout ce qui ne vient pas confirmer l’unanimité pour la continuité, et, par conséquent, tout ce qui, aujourd’hui, ne vient pas en soutien au cinquième mandat, doit être réduit au silence. Par tous moyens. C’est une franche intolérance à la contestation et à l’opposition. Et leur répression ne se cache plus. Elle a même un côté démonstration de force.
Le régime a, depuis longtemps, renoncé à assumer une vie publique organisée. Dans sa partie politique comme dans sa partie citoyenne ou syndicale. Et en complément de cette politique répressive, il a progressivement asséché la société de son potentiel revendicatif en encourageant les Algériens à souscrire aux divers “privilèges” qu’autorise la rente. Ceux-ci vont du “couffin du Ramadhan” aux postes “électifs” juteux – sénateur, par exemple – en passant par les augmentations salariales préélectorales, le logement social et les crédits à remboursement aléatoire. Cette politique de corruption matérielle à grande échelle n’a pas épargné les leaders politiques de l’opposition qui, parfois, servent de modèles de conversion entriste à leurs propres militants.
Aujourd’hui, le pouvoir n’est nullement inquiété par une classe politique déconnectée d’une base populaire qui s’est adaptée au fonctionnement rentier de l’État. Deux dangers le menacent et l’effraient cependant : une baisse subite de la rente pétrolière qui lui sert à entretenir l’avidité nationale et le réveil de la violence islamiste toujours latente.
Si l’État n’a plus d’argent pour les corrompre, les Algériens abandonneraient les stratégies arrivistes et affairistes qui, actuellement, les détournent de la contestation politique. Et redeviendraient citoyens agissants.
Quant à la peur que le pouvoir a de la révolte brutale et spontanée de la masse fanatisée, elle a pu être observée lorsqu’au début de l’été, s’était développé un mouvement islamiste d’interdiction de spectacles.
Envers la violence obscurantiste, l’État est “réconciliateur”. Comme il le fut, à une époque, jusqu’en décembre 1991. Avant de devoir abuser, à son tour, de violence pour sauver son système.

M. H.


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