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contrechamp / ACTUALITÉS

L’après-pétrole : retour à l’avant-pétrole

L’appel du président de la République à la préservation de l’unité nationale et de la cohésion sociale se fait récurrent.
Certes, les révoltes sociales, les revendications catégorielles et les mécontentements politiques et communautaires ne manquent pas. Ils semblent même aller en s’amplifiant et en se multipliant. Mais, qu’est-ce qui explique cette poussée de fièvre revendicative sonore et agitée ?
Le plus probable est qu’elle soit un effet de ce rapport compartimenté et monétarisé entre État et société instauré par le régime Bouteflika. D’entrée de règne, et devant la providentielle envolée pétrolière, le pouvoir succombe à la tentation de l’utiliser à la consolidation prioritaire de son assise politique. À partir de l’an 2000, la manne financière croissante est gérée en trésor de guerre politique.
L’objectif consistait à assurer la dépendance économique et sociale des plus grands pans de la société. Presque tout ce qui y fonctionne devait souscrire au budget de l’État : l’administration, bien sûr, mais aussi les… entreprises publiques et… privées ! Les associations, les clubs sportifs, les artistes, les zaouïas… La politique sociale, elle-même, est déterminée par l’arrière-pensée politicienne : maniement débridé de la subvention, augmentations électoralistes des salaires, usage désinvolte du crédit aux jeunes chômeurs.
Plus près du pouvoir, les avantages des hauts fonctionnaires sont renforcés et les fonctions politiques et parlementaires sont entourées de privilèges exorbitants. Sans compter le régime discriminatoire dont tout ce beau monde bénéficie en matière de retraite. Ce traitement a fini par “marchandiser” la politique. L’attrait de ses retombées statutaires et matérielles suscite désormais bien plus de vocations que les convictions politiques et philosophiques.
Le régime n’utilise pas l’argent public aux seules fins de se procurer des alliances et de se créer des obédiences ; il en use aussi pour arroser et neutraliser les sources de subversion ou de contestation : le terroriste qui se repentit ou qu’on élargit, l’émeutier qui se range, l’opposant qui se rallie…
Et si tout cela ne suffit pas, on peut se rabattre sur le marché parallèle, la contrebande, le travail au noir…
Ainsi, la rente, au lieu de servir à enclencher un début de développement d’une économie productive viable, aura servi à prolonger la vie du régime. Pour que cette “stabilité de rente” fût possible, il fallait surtout empêcher l’éclosion et l’épanouissement d’une économie de production. Ses effets sociologiques, en termes de redistribution, viendraient contester le monopole du pouvoir économique — strictement financier — du régime. Cela créerait des fortunes et des collectifs de travail indépendants du pouvoir politique.
Le problème, pour le régime, est que ce système ne peut tenir que le temps que dure l’embellie pétrolière. Trop de monde est habitué à être entretenu, sinon assisté. Mais aussi, trop de monde voit son niveau de vie vite péricliter du fait d’une politique sociale insoutenable parce qu’à soubassement rentier.
Et le problème pour le pays est que le temps et l’argent qui aurait dû servir à l’amorce de son développement aura servi à le renvoyer, une fois la rente tarie, à la situation d’avant-pétrole.  

M. H.


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