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contrechamp / ACTUALITÉS

Le cinquième mandat en marche

On pouvait ne pas croire Ould Abbes quand il laissait entendre que la décision est prise d’un cinquième mandat pour Bouteflika. Mais cette espèce de tripartite de campagne qu’aura été l’université d’été du FCE, suivie de l’attestation de bonne santé délivrée par Lakhdar Brahimi, a été autrement plus éloquente.
Elle aura même permis de découvrir la vraie raison de l’absurde planche à billets. Le développement économique n’est pas l’enjeu du  financement non conventionnel, pas plus qu’il n’est la finalité de ce spectacle de communion patronat-syndicat-gouvernement. Au commencement de chaque nouvelle campagne, il y a la constitution de butin de guerre. C’est la partie de la rente recyclée dans l’effort de conservation du pouvoir. Celle qui transite par les fortunes maison avant de revenir en armes de campagne. Ainsi, le processus électoral est l’occasion renouvelée pour les entreprises privilégiées de renvoyer l’ascenseur au pouvoir pourvoyeur de facilitations et de marchés publics.
Si le régime ne s’est fixé aucune limite préalable dans le recours à la planche à billets, augmentant ainsi le risque d’un emballement inflationniste incontrôlable, c’est bien parce qu’il ne veut s’embarrasser d’aucune contrainte financière dans son opération de maintien au pouvoir qui vient de débuter pour se conclure en mai 2019. Et pour cela, il ne doit, dans l’intervalle, ni désespérer l’oligarchie rentière et les coteries clientes ni mécontenter les rares forces sociales et corporatives organisées.
Le régime sait qu’il ne peut être déchu par des moyens politiques. Il ne peut pas craindre une opposition qui a su se contenter d’une existence recluse à la marge des institutions. Il ne peut pas non plus appréhender le vote d’un électorat qui, en plébiscitant la “réconciliation nationale”, c’est-à-dire l’impunité de crimes absolus, a montré qu’il préfère se planquer dans le confort de la résignation plutôt qu’affronter les responsabilités de l’indignation. Sans compter que l’administration, formée à la discipline conservatrice militante, a la maîtrise totale de l’appareil électoral.
Dans cet état psychologique d’une société globalement acquise à un rapport au pouvoir dénué de repères politiques ou philosophiques, un rapport strictement marchand, le pouvoir n’a rien à craindre des urnes. Ce qu’il peut appréhender ce sont les effets d’un éventuel déclassement généralisé des nombreuses catégories sociales perfusées à la rente. Sinon, ce renoncement moral se prolonge en renoncement politique et se traduit alors par une demande d’autoritarisme. Celui-ci a, pour le “citoyen”, l’avantage de la déresponsabilisation civile. Si notre comportement politique équivaut à un refus de liberté, un refus de choisir, c’est parce que nous préférons nous réfugier dans le confort disculpant du fait du prince.
Dans ce mouvement de fuite en avant nationale, la perpétuation du régime est donc une stricte question d’argent. Et s’il vient de découvrir que, même sans pétrole, il peut continuer à faire tourner le système rentier, ce n’est pas cette objection sur la santé du Président qui l’en empêchera. Cela l’aidera plutôt à faire oublier qu’il y a de bonnes raisons politiques de changer de système.


M. H.


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