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contrechamp / ACTUALITÉS

Le droit de grève menacé

Il est probable que la procédure légale ne soit pas toujours respectée par les syndicats et les collectifs qui se mettent en grève. Mais le procédé tend à se systématiser : au moindre débrayage, l’employeur public recourt à la justice qui, invariable, invalide la grève.
Devant la multiplication des foyers de revendication, les responsables usent volontiers de cette solution de facilité. En faisant assumer à la justice l’étouffement des mouvements syndicaux, ils transforment des problématiques corporatistes et professionnelles en affaires judiciaires et se dispensent ainsi, au moins pour un temps, de gérer des conflits sociaux.
Pendant longtemps, le secteur d’État, entreprises et services, a été relativement prémuni des graves crises sociales. D’abord, parce que l’UGTA, syndicat prédominant dans le secteur économique public, s’est investie dans une fonction modératrice en contrepartie d’un statut de partenaire social privilégié de l’État. Ce pacte tacite fonde l’attrait de la Centrale pour des travailleurs qui y voient un gage d’efficacité sociale. En entretenant ainsi la crédibilité syndicale de l’UGTA, le pouvoir freine le développement du syndicalisme autonome en forte expansion dans la Fonction publique. Et en déconsidérant les initiatives et les revendications des syndicats indépendants, il tente de désespérer leurs adhérents de l’utilité de ces syndicats. Une autre manière de contrecarrer leur essor.
Le pouvoir, qui a fini par admettre la multiplicité des organisations patronales, les invitant à participer à la tripartite, persiste à fonctionner sur la base du monopole syndical. En fait, il est, en matière de libertés publiques, dans une logique de restauration autoritaire. De l’évolution socioéconomique du pays durant ces trois dernières décennies, il n’a retenu que l’avènement de l’entreprise privée. Pour tout le reste, l’horloge politique de l’actuel régime est repartie se figer à l’heure du parti unique. Là où il a pu réinstaurer le monopole public, il l’a fait : “le” syndicat, pour le gouvernement, c’est l’UGTA et tant pis pour les travailleurs qui s’organisent autrement ; les partis politiques qui refusent la fonction satellitaire sont réduits à une existence administrative ; les associations ne survivent que si elles se transforment en dépendances politiques de l’administration et des partis du pouvoir… Il a longtemps résisté à l’idée d’ouverture de l’audiovisuel, avant d’instituer une diversité médiatique maison ; il conserve toujours le monopole sur la radio… Et il réprime systématiquement, et brutalement s’il le faut, toute velléité d’expression autonome de la société et du citoyen.
En fait, c’est avec la démocratie, au sens large, qu’il a un problème. Il est d’une nature politique incompatible avec la culture des libertés collectives et individuelles. Ainsi, piégé par une évolution passée, il s’emploie, consciencieusement, à saper les éléments résiduels d’un État de droit, lesquels ont été semés par les luttes démocratiques récentes et qui continuent à survivre à son programme de régression politique.
Dans cette stratégie du bâillonnement, il use de tous les moyens institutionnels. Et la justice a historiquement été instrumentalisée dans la répression des libertés citoyennes, d’abord, contre l’opposition politique, ensuite, contre la liberté de presse et, de plus en plus, contre l’action syndicale.


M. H.


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