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contrechamp / ACTUALITÉS

Le geste de Macron… et son message

L’initiative d’Emmanuel Macron concernant l’affaire Maurice Audin constitue une étape décisive dans le lent processus de reconnaissance politique des crimes coloniaux.
Mais ce n’est pas un petit pas que celui accompli par le président Macron. Il désigne, le premier, “un système” qui a “rendu possible” ce qui est arrivé à Audin. Un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé “arrestation-détention” à l’époque même. “Ce système, indique-t-il, s’est institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux.” Ce “devoir de vérité” que Macron a décidé d’assumer, il le conçoit comme un devoir de l’État et lui attribue une portée humaine et universelle, “car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible”, écrit-il.
En France, les réactions à ce positionnement sans équivoque pour la vérité sur les crimes coloniaux ont épousé la disparité des positions sur la question coloniale. En Algérie, elles ont pris la forme d’un satisfecit diversement nuancé par l’ampleur des efforts que les autorités françaises ont encore à faire. Il n’est pas question de comparer, dans une tragédie, la part du bourreau et celle de la victime ni de confondre les responsabilités de l’occupant avec celles de l’occupé, mais un tel geste devrait, en même temps qu’il nous contente, nous interpeller. Nous ne pouvons pas nous contenter, comme notre ministre des Moudjahidine, de compter les reconnaissances consenties par la France. De dire qu’il s’agit d’“un pas positif louable” qui “prouve qu'il y aura davantage de reconnaissances”, puis passer à autre chose. Un peu comme si, du côté algérien, il n’y avait aucune potentialité de contribution à la vérité sur cette longue période d’histoire
commune.
D’accord, notre régime ne partage pas la vision de Macron posant que “c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible”. Il applique depuis longtemps le principe contraire, le principe d’une “réconciliation fondée sur l’oubli”. D’accord, Zitouni ne peut pas s’occuper de censure et de vérité en même temps… Mais pourquoi nos historiens interviennent-ils pour ne rien ajouter au commentaire du ministre ? Pourquoi refoulent-ils ce réflexe de retour sur soi, sur son histoire, sur sa praxis, que suscite toujours une grande initiative de mémoire ? Un réflexe de méthode car l’histoire n’est jamais le produit d’un protagoniste unilatéral.
Ceci d’autant que l’initiative se veut prometteuse, puisque Macron prévoit que “le travail de mémoire ne s’achève pas avec cette déclaration” et qu’“une dérogation générale (…) ouvrira à la libre consultation tous les fonds d’archives de l’État qui concernent ce sujet”. Elle “vise notamment à encourager le travail historique sur… tous les disparus de la guerre d’Algérie, Français et Algériens, civils et militaires”. Est-ce que la bonne volonté que nous sollicitons depuis longtemps devient un peu encombrante parce qu’elle nous engage à notre tour ?
Le problème avec le commentaire d’un geste politique c’est que c’est une manière de mesurer son courage et son jugement avec celui de l’auteur de ce geste. Il faut reconnaître que Macron a fait monter la barre de la question mémorielle de quelques crans.


M. H.


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