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contrechamp / ACTUALITÉS

Le grain de sable

Quelle qu’en soit l’issue, l’affaire Bouhadja aura constitué un moment marquant dans le processus de désinstitutionnalisation de l’État algérien.
Elle est l’expression d’une profonde altération de l’État induite par une personnalisation excessive, voire exclusive, de l’autorité publique. Son fonctionnement n’a plus rien d’institutionnel et n’a plus d’autre finalité que de répondre aux demandes et attentes d’une volonté suprême. Des individualités peuvent jouir de concessions de pouvoir accordées à titre privé, c’est-à-dire sans référence à des prérogatives légalement rattachées aux fonctions qu’elles occupent, quand elles en occupent. Ce système de concession d’autorité fait qu’aujourd’hui, le discours sur le pouvoir algérien se résume à une courte liste de noms.
La pratique de délégation informelle du pouvoir jette un écran de fumée sur la décision présidentielle ainsi diluée. Dans le traitement politique et médiatique de l’information, on n’ose plus parler de décision, de directive du Président mais de… la Présidence. Comme le fait Bouhadja et ses antagonistes. Parfois, ils parlent de “haute autorité” pour mieux “anonymiser” l’acte. On ne peut plus préciser la forme sous laquelle l’institution présidentielle agit à un moment donné et dans un domaine précis.
Ces noms, quand ils activent à découvert comme lorsqu’ils le font anonymement, font de l’ombre, de la pénombre, à toute l’architecture institutionnelle. Celle-ci se réduit alors à un ensemble d’instances vidées de leurs formelles prérogatives. Il ne reste à leurs occupants qu’une espèce de droit de jouissance à la marge sur la part de patrimoine ou de rente dont ils ont la garde. Et c’est tout ce qui justifie leur “engagement” : ils peuvent négocier leurs prérogatives marginales avec la délinquance économique. On le voit à travers les scandales financiers : la vie institutionnelle est infectée par l’activité mafieuse.
Ce fonctionnement féodal est, pour la première fois, poussé à ses limites par la crise de l’APN. Pourtant, Bouhadja l’a reconnu : ce n’est pas l’indépendance constitutionnelle du pouvoir qu’il défend ; il veut juste que le pouvoir réel assume la décision, inconstitutionnelle, de le démettre. Ce qu’il refuse à ceux qui l’ont “élu”, il l’accepterait de celui qui l’a désigné. Une espèce de parallélisme des formes… informelles. L’action de le déposer ne gêne pas le pouvoir dans son illégalité, mais seulement dans les formes qu’elle prend. Observons comme le Premier ministre se place résolument du côté de l’illégalité lorsqu’il suggère à Bouhadja d’abandonner la partie, réduisant une question institutionnelle à une histoire de rapport de force.
C’est bien le rapport de force qui fonde notre système de pouvoir depuis avant l’indépendance. Mais un grain de sable s’est glissé dans la machine du régime depuis quelques jours : le pouvoir a fait de l’aptitude du Président à maîtriser la situation et à superviser l’activité de ses troupes un leitmotiv, mais voici que, depuis quelques jours, cette prétention contrariée par la survenue d’un dysfonctionnement manifeste et dommageable pour sa “stabilité”.
Le timonier n’est-il plus à la manœuvre ? Ou alors la décision s’est-elle émiettée dans le souk chuchotant de coteries-clans-alliances au point de perdre de sa cohérence ?

M. H.


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