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contrechamp / ACTUALITÉS

Le mépris du temps

En observant la vie nationale, on ne peut s’empêcher de se remémorer cette définition de l’intelligence énoncée, disait-on, par un ancien enseignant de mathématiques à l’université d’Alger : “Tout le monde peut résoudre n’importe quel problème, énonçait-il, il y en a pour qui ce temps est infini.”
Il suffit de regarder le pouvoir s’empêtrer dans cette histoire d’importation-montage automobile, alternant, depuis bientôt deux ans, les résolutions les plus contradictoires à ce sujet pour se convaincre de l’apathie avec laquelle il traite les dossiers économiques, même les plus onéreux. La crise de ressources, au lieu de pousser à la diligence dans la prise de décision semble plutôt inviter à la nonchalance. C’est que lorsqu’un gouvernement dispose de moyens abondants et qu’en plus il se dispense de rendre compte de sa gestion, il décaisse plus volontiers. Il est permis de se tromper parce qu’il est permis de payer deux fois plutôt qu’une.
En fait, sous le régime actuel, la notion de temps constitue une contrainte formelle qu’il faut souffrir parce qu’elle est intégrée au fonctionnement institutionnel : programmes, budget, délai de réalisation. Tant que les capacités de dépenses pouvaient l’exonérer de cette contrainte, le pouvoir continuait à faire semblant de prévoir et de contrôler. Ce luxe est moins possible aujourd’hui : c’est pour cela que le ministre de l’Habitat s’est enfin résolu à exiger de ses services et des entreprises de réaliser des “prévisions sérieuses” aux objectifs réalisables et dont on peut assurer la supervision ! Jusqu’ici, il suffisait de multiplier les projets et chantiers et il y avait toujours un ensemble à inaugurer et des logements à distribuer. Dans ce contexte d’aisance budgétaire, les coûts et les délais individuels des projets passent au rang de questions accessoires.
Ce constat de carence de planification ne suffit pas toujours à remettre de la rigueur dans la gestion ; l’inertie caractéristique du régime actuel s’est même aggravée avec la crise pétrolière, comme le montre l’exemple de l’automobile. Tous les jours, des actions qui déterminent notre vie individuelle, familiale ou collective sont décidées, annulées, révisées, enterrées : la loi sur la santé, la loi sur les TIC et d’autres projets législatifs ont subi les effets différant de cette culture de l’irrésolution et de l’hésitation. Les décisions qui participent à la finalité de perpétuation du régime sont les seules à ne souffrir aucune hésitation. L’instinct de conservation, lui, est souverain.
Notre pays a le temps : il a, par exemple, mis cinq ans pour réviser sa Constitution alors même qu’il avait fait l’économie de quelques débats qui auraient pu en retarder la finalisation ! Économiquement, l’Algérie rentière n’est pas encore parvenue à l’âge de l’industrie ; elle est à l’ère de l’exploitation de la ressource, à l’ère de la cueillette. Politiquement, elle n’est pas à l’âge de la rationalité ; elle est encore à la culture de l’instinct.
Et cette culture de la fuite en avant, les yeux fermés, semble ne pas manquer d’adeptes. Ils se lèvent encore pour réclamer du temps pour la stratégie de l’immobilité.

M. H.


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