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contrechamp / ACTUALITÉS

Le pacte fatal

La photographie immortalisant le pacte des quatre chefs des partis de l’Alliance pour le cinquième mandat devrait être soigneusement conservée. Ce sera un témoin d’une ruineuse intrigue politique et une pièce à conviction pour le jour où le tribunal de l’Histoire se penchera sur les responsabilités engagées dans le désastre national de ce début de siècle.

Ces têtes d’affiche politique ne sont pas les seuls protagonistes de la désintégration planifiée. Des patrons se sont organisés pour défendre la pérennité d’un système qui sacrifie le développement pour les enrichir ; des travailleurs syndiqués le soutiennent pour continuer à vivre d’une économie en faillite ; des hiérarchies institutionnelles se mobilisent pour battre la campagne sous le couvert de vaquer à leurs missions officielles ; des instances arbitrales se départissent de leurs prérogatives pour s’aligner sur les desiderata électoraux de ce régime…
De larges secteurs de la société participent à cette durable séquestration politique du pays. Les uns parce que la situation favorise leurs intérêts, les autres parce qu’ils ont perdu la faculté de s’indigner des abus qu’on inflige à leur patrie et à leurs concitoyens. Ou qu’on leur inflige à eux-mêmes.
La particularité de la phase historique que l’Algérie traverse depuis deux décennies, et qui, assurément, n’en finit pas, est qu’elle ne découle pas, comme dans les premières décennies d’indépendance, de choix idéologiques ou stratégiques. La décadence en cours n’est pas le résultat de la mise en œuvre de dogmes politiques, économiques et culturels mâtinés de populisme et de bigotisme, comme ce fut le cas, en partie au moins, pour les régimes précédents. Non, elle est la conséquence d’un affairisme dénué de toute entrave doctrinale et qui s’est imposé comme premier déterminant des choix nationaux !
L’Algérie n’est donc pas victime d’une dérive politique d’un pouvoir ; elle est l’objet d’une confiscation physique à des fins de déprédation. Peu importe que ce déroutement égoïste jouisse d’un large consensus et suscite une vaste indifférence !
La crise nationale, qui dure depuis de longues années, est de nature morale, sociétale. Et non politique. Il y a en effet un minimum éthique préalable à toute vie politique. Ce minimum éthique a totalement déserté la vie politique et, dans une large mesure, la vie sociale. La société a même admis que son rapport au pouvoir devient un rapport d’exaction : tu augmentes ma pension, je me tais ; tu effaces ma dette, je ne manifeste pas ; tu me paies, je vote pour toi ; tu fermes les yeux sur mes combines, je te soutiens…
Ce trait de culture sociale a disqualifié la solution politique. L’autre solution, celle du chaos, devient inévitable et d’autant sera plus douloureuse que se prolongera la fuite en avant.
Le pouvoir sait qu’il a fourvoyé l’Algérie dans une impasse sans issue politique. Trop de forces puissantes ne sont pas en état de prendre le risque d’un retour à la norme politique. Si Ouyahia désigne “la rue” comme seule citadelle incessible, c’est parce qu’il sait que le régime a mis le pays dans une trajectoire qui le livrera, à terme, à la décision de la rue.
Ce sera le fruit imparable du pacte antipolitique.


M. H.


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