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contrechamp / ACTUALITÉS

Le pouvoir d’échouer

En ce moment, les députés sont en train de…plancher sur le plan d’action du gouvernement. Ils se relaient pour conter les vertus de la planche à billets, en attendant son plébiscite annoncé. Juste après le quart d’heure de l’opposition.
L’affaire est, en effet, entendue depuis l’instant où le Président a évoqué ces moyens de financement non conventionnel. Les circuits institutionnels qu’on fait emprunter aux décisions politiques sont sans potentielle valeur ajoutée. Une pure perte de temps dans une procédure supposée servir à apposer le sceau de la démocratie à d’indiscutables ukases. Ce fonctionnement cosmétique, qui ne trompe pourtant personne, coûte au pays du temps précieux et des privilèges faramineux.
Dans son fonctionnement même, le système est conçu pour ne laisser place à aucune possible contrariété de la volonté absolue du pouvoir. Les institutions se meuvent dans une dépendance qui incline à l’assujettissement. À commencer par le Parlement qui fait invariablement preuve d’un consentement sans faille. Il est juste fardé de quelques portions d’opposition mais elles ne servent qu’à épicer des débats parlementaires qui, autrement, tourneraient au concours de louanges. Ce principe d’observance régit jusqu’aux institutions dont l’existence même se justifie par leur théorique indépendance : Banque d’Algérie, Conseil constitutionnel…
Paradoxalement, le pouvoir s’encombre de tous ces contrepouvoirs factices pour mieux asseoir son absolutisme. Ainsi, se paie-t-il, au sens financier du terme, une architecture institutionnelle démocratique pour un fonctionnement autocratique. Car la réalité de son autorité se fonde sur l’appropriation politique des moyens de répression et des ressources publiques. Une fois le silence ainsi imposé, il s’assure la disponibilité des “contrepouvoirs” par le truquage des modes de désignation et d’élection du personnel institutionnel.
Cette République altérée, “non conventionnelle”, a “l’avantage” de permettre l’exercice d’un pouvoir total à son détenteur individuel ou collectif. Celui-ci dépouille le reste des institutions de leurs prérogatives et ne leur consent que les fonctions de légitimation et d’apparat. Il peut alors prendre des allures d’autorité occulte, invisible, puisque les institutions de contrôle de ce pouvoir (pouvoir législatif, justice, autorités arbitrales, etc.) ne fonctionnent pas. Pour ces institutions, il n’y a plus moyen de vérifier l’origine et l’authenticité d’une décision ou d’un ordre. Elles partagent la crainte de revendiquer la transparence du processus de décision et de la chaîne de mise en œuvre de cette décision.  
Et pour compenser la “désinstitutionnalisation” de l’État, les personnels de ces institutions, vont se créer des repères extra-institutionnels pour s’adapter au mode informel d’exercice du pouvoir : comme guetter les commentaires d’une télévision “amie” ou les attitudes d’un entrepreneur “proche” pour connaître les intentions de l’autorité.
Dans cette situation, le pouvoir a tout le loisir de faire une politique, puis son contraire. Ce qui lui permet de ruiner le pays et d’avoir — de se donner — l’autorisation de recommencer. Impunément. Indéfiniment.


 M. H.


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