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contrechamp / ACTUALITÉS

Le pouvoir, mauvais élève


Dans une chronique écrite à la veille de l’Aïd el-Adha de l’année dernière (“Gestion sanitaire et populisme religieux”), nous faisions l’observation que, malgré la situation sanitaire, “le pouvoir n’a pas osé faire ce qu’il devait faire : interdire la fête de l’Aïd el-Adha, ainsi que les déplacements que suscitent, ce jour-là, les réunions familiales et les affluences aux cimetières”.

Cette année-ci, il récidive. Et, comme nous l’écrivions en 2020, il croit “sauver la face en saupoudrant sa décision de conseils pour des précautions qui ne pourraient être prises que si le citoyen renonce à célébrer le rite du sacrifice”. “Mais le résultat est là : au moment où l’Algérie enregistre un nouveau record du nombre de contaminations quotidiennes, affrontant une deuxième vague de l’épidémie (…) et où les structures et les personnels hospitaliers sont saturés, le gouvernement ouvre un cycle d’abus d’incivisme”, écrivions-nous encore. Le constat vaut pour aujourd’hui ; il suffit de changer “deuxième vague” par “troisième vague”.

“Le ministre de la Santé, le ministre du Commerce et tous ceux chargés de protéger la société contre le danger de son propre incivisme s’effacent, quand la question touche au religieux, derrière des commissions-écran, comme la commission des fatwas, supposée détentrice du jugement vrai et irréfutable.” Cela aussi a été écrit dans le même article.

Inutile de revenir sur les raisons d’une telle attitude en complète opposition avec la nécessité vitale d’une prise en main compétente et avisée de la crise sanitaire : impuissant à affronter le populisme islamiste et tenté par le potentiel manipulatoire de cette idéologie, le pouvoir est toujours à composer avec ses attentes. Sous le couvert du rite, les islamistes manipulent la foule en défendant son droit à sa dose annuelle de “drogue rose”. 

Cette fois-ci, la responsabilité politique dans la situation catastrophique est d’autant plus grande que les pouvoirs publics n’ont plus l’excuse de l’imprévu. La “troisième vague” veut dire que nous avons eu l’expérience des deux premières à exploiter. Bien des pays s’y étaient préparés et ne se sont pas laissé surprendre. 

Ce n’est pas le cas de l’Algérie. D’abord, l’effort de vaccination y est venu très tard, pour ne pas dire trop tard. Peut-être a-t-on compté, par économie, sur le lancement d’une production locale qui se fait attendre. Ensuite, la production d’oxygène, qui, il y a quelques jours, mettait le pays en position d’aider la Tunisie, s’avère aujourd’hui mortellement insuffisante pour assurer un fonctionnement normal de nos établissements hospitaliers.

Enfin, en termes d’accueil des malades et de conditions de travail des personnels soignants, on aurait pu, en un an, organiser des espaces, fabriquer des structures, même amovibles, libérer des services ou des cliniques et dédier tout cela au Covid… Au lieu de cela, on se retrouve avec les mêmes moyens qu’il y a un an, en termes de capacités d’hospitalisation comme en termes de disponibilité en oxygène !

Au manque d’audace politique qui, depuis le début, paralysait l’initiative politique, s’ajoute l’imprévoyance managériale dont on mesure aujourd’hui les effets. Un seul avantage à cette crise : le citoyen semble enfin converti à l’utilité du vaccin.

 

M.H

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