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contrechamp / ACTUALITÉS

Le pouvoir mis à mal par son choix répressif

La manifestation des médecins résidents qui a eu lieu avant-hier à Alger constitue un évènement… politique majeur : pour la première fois, depuis le 14 juin 2001, un collectif de citoyens a pu tenir des rassemblements mobiles en plusieurs points de la capitale, en dépit des immenses moyens engagés par le pouvoir pour les en empêcher.
Le pouvoir qui, depuis près de dix-sept ans, fait d’Alger son inaccessible forteresse, n’a visiblement pas digéré ce premier échec de sa stratégie de sanctuarisation politique et sociale de la ville. Sa réaction a été immédiate.
Dès le lendemain de l’évènement, le président de l’Assemblée nationale, qui, sur intercession d’un député du PT, avait reçu une délégation de manifestants, a été contraint de se dédire. “Nous n’avons fait que satisfaire la volonté d’un groupe parlementaire, et notre intervention ne doit pas avoir une autre interprétation que celle-ci”, a-t-il déclaré, alors même que, la veille, il s’était proposé de servir de facilitateur dans le conflit entre grévistes et tutelle. À l’évidence rappelé à l’ordre, il se ravise et précise : “Nous n’avons pas l’intention de remplacer les autorités concernées”, n’ayant pas, s’aperçoit-il, “les moyens matériels ni les données nécessaires pour prendre en charge ces négociations”. Et comme si cela ne suffisait pas, les groupes parlementaires du pouvoir ont cosigné une déclaration dans laquelle ils appellent les grévistes à “rejoindre leurs postes” et le gouvernement “à agir avec rigueur et à ne pas céder aux provocations”. Ajoutant ainsi le désaveu de la majorité parlementaire à la palinodie du président de l’Assemblée.
Pendant que la “représentation nationale” est renvoyée à ses classes de chambre d’enregistrement, le ministre de l’Intérieur lançait, hier, un appel à la “compréhension” de la politique de répression du gouvernement : “Laissez-nous utiliser les forces de sécurité pour la défense du pays, mais les lois de la République sont au-dessus de tous et s’appliqueront, en toute rigueur, pour défendre cette stabilité et éviter au pays le retour à un passé douloureux.”
Il faut croire que le pouvoir n’a pas avalé la réussite de la marche syndicale de lundi et l’a vécue comme une victoire politique, celle d’une volonté citoyenne contre une stratégie du tout répressif qu’il croyait insurmontable. Surtout que les doléances des résidents, si elles sont de nature professionnelle, portent aussi, comme l’indiquent leurs slogans, sur leur statut de citoyens qui revendiquent leur “dignité” et s’appliquent à conjurer ce sentiment de peur qui alanguit la société. Pour contourner la muraille répressive, comme il l’a fait hier, le collectif des résidents doit disposer d’une remarquable capacité d’organisation et de communication. Et pour s’assurer la discrétion nécessaire à la réussite de son action d’une réelle culture de la solidarité. Ce qui est, en fait, un mauvais exemple de lutte citoyenne.
Ce qui est désormais réprimé, c’est cette pédagogie de la solidarité, de la conviction et de la volonté. Elle a révélé les limites, dans la durée, du tout répressif.


M. H.


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1 réactions
Argaz le 15/02/2018 à 22h41

Mustapha Hammouche, je préfère une autre lecture concernant l’aboutissement de la marche des médecins résidents. C’est une victoire en soi par le fait qu’ils ont pu marcher. Mais c’est aussi une défaite du tout sécuritaire de ne pas avoir pu anticiper sur les événements. Nous considérons que l’intelligence a fait son choix pour ne pas être du côté de la matraque. Cordialement.

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