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contrechamp / ACTUALITÉS

Le pouvoir pris au piège des subventions

Le ministre des Finances doit rengainer son projet de révision de la politique des subventions en 2019.
Il a pensé, à raison, qu’il devenait urgent de mettre fin à un système de transfert social irrationnel, que le gouvernement pouvait se permettre aux temps bénis des royalties mais qu’il ne peut plus se payer aujourd’hui. Mais voilà, on l’a rappelé à l’ordre : “L’année 2019 ne connaîtra pas de changement en termes de subventions accordées par l’État”, a déclaré Seddik Chiheb, porte-parole du RND, parti du Premier ministre.
Une déclaration que Raouya prolonge en affirmant que, finalement, le gouvernement ne prendra “aucune mesure sans étude préalable et sans une large concertation…”. Pourtant, une semaine plus tôt, le même ministre soutenait que “les études qu’on est en train de mener” débouchaient sur le constat suivant : “Les ménages qui ont les plus bas revenus ne profitent des produits subventionnés que de 7% ; en revanche, les ménages qui ont les revenus les plus élevés profitent de ces subventions à près de 15%, ce qui est anormal et il faudrait y remédier.”
C’était “anormal” depuis le début. Un système de subvention générique ne peut pas être “normal” ; un salaire universel aurait eu plus de sens parce qu’il aurait pu être adossé à des politiques de salaires, de revenus, d’emploi, etc. Ce système n’est pas un élément de politique sociale parce qu’il participe au financement des ménages les plus gaspilleurs. Les subventions indirectes du sucre et de l’huile et les subventions directes de l’électricité et des carburants, surtout, constituent clairement une prime à la prospérité des catégories aisées. Du point de vue du pouvoir, la subvention n’a pas une fonction strictement sociale. C’est un “filet politique” qui a l’apparence d’un filet social. Alors, le fait qu’il arrose les nantis, même plus abondamment que les catégories défavorisées, ne l’indispose point. Et dans ce cas, quand la finalité est de nature politique, le régime ne compte pas. Surtout que l’argent tombe du ciel, de la rente, et qu’il n’a pas à se torturer les méninges pour se le procurer.
On l’aura remarqué : tous les problèmes que le régime rencontre ces dernières années viennent de ce qu’il a vécu avec le postulat que la rente ni ne diminuera ni ne se tarira un jour. Partant de cette absurde certitude, il a pris de nombreuses résolutions liées à un état de forte rente sans en prévoir la méthode de sortie pour le jour où l’argent facile viendrait à manquer. C’est ce qui fait dire à Chiheb : “Nous ne serons pas prêts à faire ce pas (réforme du système de subvention) en 2019.” Ni plus tard, d’ailleurs.
Le pouvoir jouera. Pas prêt à affronter franchement la question, il fera, comme en tout, de subreptices et sournoises révisions (comme il en fut déjà pour le carburant), puis reculera si nécessaire (comme il l’a fait pour les taxes sur les documents biométriques et la Tva automobile). Le pouvoir ne fait pas de social, ni d’économie, d’ailleurs ; il fait de la politique avec le social, et avec l’économie. C’est ainsi qu’il a parsemé la perspective nationale de multiples pièges. Et le prochain qui voudra le remettre sur les rails devra passer par une douloureuse et dangereuse phase de déminage.


M. H.


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