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contrechamp / ACTUALITÉS

Le sacrifice

Le plan d’action du gouvernement présente une série de projections des plus optimistes. Mais, en la matière, nous avons l’habitude : le pouvoir ne s’est jamais senti tenu par ses prédictions.
Une chose reste certaine : pour les prochaines années, et à moins d’une soudaine et radicale inversion de la courbe d’évolution du prix du pétrole, le gouvernement va “imprimer” de l’argent à chaque fois qu’il en aura besoin.
Et d’après le Premier ministre, l’État, qui n’est endetté qu’à auteur de 20% du PIB, a de la marge en comparaison du niveau d’endettement moyen pratiqué en Europe. Pour combler un tel écart et atteindre ce “taux d’endettement maximum autorisé” (70%), il pourra emprunter à la Banque d’Algérie quelque 85 milliards de dollars pour les cinq années prévues (50% d’un PIB d’environ 170 milliards). La dette atteindra alors les 120 milliards.
Pour Ouyahia, cette solution est sans effet inflationniste, l’argent n’allant pas à la consommation, mais à l’investissement. Comme si l’investissement n’allait pas en partie dans des salaires et des bénéfices. C’est d’ailleurs lui qui a dit, avant de se raviser, que si le Trésor ne s’endette pas, bientôt, on ne pourra pas payer les salaires de la Fonction publique. Le Premier ministre assure aussi que sa solution nous “sortira de l’impasse financière” sans “casser le rythme du développement”. Sur ce plan, il est vrai qu’on ne peut pas faire pire que le pétrole.
Si l’on reprend les avantages de la formule tels qu’énumérés dans le plan d’action du gouvernement, on doit reconnaître que la planche à billets, c’est mieux que le pétrole. Dans la mesure du plafond fixé, on peut la solliciter en toute souveraineté, indépendamment de l’état d’un quelconque marché. Elle n’influe pas sur le prix de la monnaie, elle soutient la croissance, elle évite les augmentations d’impôts…
C’est signe qu’après une vingtaine d’années d’abondance rentière, le régime se retrouve à faire l’éloge de la planche à billets ! À présenter l’endettement intérieur comme un choix souverainiste parce qu’il nous évite l’endettement extérieur. À arborer la fonte brutale, en trois ans, des économies de quinze ans d’embellie financière comme le résultat de la “direction éclairée du président Bouteflika” !
Pas une ombre de doute sur la qualité de la gestion de l’argent du pays, un argent qu’on ne nous a même pas fait gagner en travaillant, un argent qui, hasard de l’histoire géologique, montait du sous-sol comme s’il tombait du ciel. Et ce don de la providence est transformé par le Président en motif de la faillite socioéconomique de son régime : il qualifie ce fiasco de “crise financière importée de l’extérieur”. C’est le comble pour un pouvoir qui, malgré la rente, fait faillite que de se retourner contre cette aubaine pétrolière pour lui faire endosser son échec.
Un fait résume la tragédie que le pays est en train de subir : après quinze ans d’abondance et de dissipation, le pouvoir décide de réviser la loi sur la monnaie et le crédit, une loi de rigueur monétaire, votée en 1990, dans des conditions économiques autrement plus rudes. Quoique l’on dise, c’est un acquis économique qu’on sacrifie sur l’autel de la sauvegarde d’un régime ruineux.


M. H.


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