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contrechamp / ACTUALITÉS

Le scandale vu de l’intérieur

Le syndicat des magistrats va-t-il réagir aux sanctions prononcées par le Conseil national de la magistrature à l’encontre de certains juges et procureurs ?
Si des juges et des procureurs ont été radiés ou suspendus par l’organe de déontologie de la profession, ce n’est tout de même pas parce qu’on veut “faire dévier l’enquête dans une tentative orchestrée visant à attenter à la crédibilité de la justice et à ses institutions conduites par des cadres intègres et compétents et qui ont su assumer, tout au long de leur carrière, leurs responsabilités dans l’application de la loi et veillé à la protection du citoyen et du pays”.
Non, c’est la corporation qui, par là, réagit pour défendre son honorabilité. Certes, le syndicat est fondé à exiger la présomption d’innocence au bénéfice des magistrats. Mais cela ne devrait pas l’empêcher d’admettre que la justice aussi fonctionne dans un contexte marqué par des pratiques de corruption qui n’épargnent aucune institution.
Paradoxalement, c’est parce que cette corruption revêt un caractère endémique que les responsables et les corporations institutionnels se montrent d’une prompte réactivité dès qu’ils sont effleurés par le moindre soupçon. Et c’est la presse, maillon parfois défaillant du système d’omerta, qui, souvent, doit endurer les représailles des parties incriminées. Certes, il arrive à cette presse de faire dans la précipitation irresponsable. Mais, en face, on la sèvre d’information et on préfère qu’elle attende qu’on lui dicte ce qu’elle doit rapporter.
Il n’est pas étonnant, au vu de cette culture du secret, que les premières interpellations ont concerné des journalistes. Depuis que le scandale de la cocaïne a éclaté, “des têtes tombent”, comme on dit, les unes après les autres. Mais en silence. La communication est réduite au strict minimum et semble soumise à la même rigueur que les enquêtes et l’instruction elles-mêmes. Tout se passe comme si, devant la gravité de la catastrophe, tout est fait pour en contenir la radioactivité et limiter la visibilité des éclaboussures. On a beau colmater les brèches par lesquelles transparaît le processus continu de dégénérescence de l’État, chaque nouveau scandale fait reculer les frontières de la décadence morale. On croyait avoir atteint le pire avec Khalifa et ses faux procès, puis avec Sonatrach et ses non-procès. Mais voilà qu’un bandit freelance semble avoir soumis, à travers des responsables véreux, la plupart des institutions à ses mafieuses entreprises.
Ce seul cas vient d’étaler sous nos yeux l’ampleur de la compromission institutionnelle. Et on en sait si peu. Et en saura-t-on un jour assez ?
L’architecte du système, au lieu de combattre la corruption, en a fait un moyen de consolidation de la solidarité de ce système. C’est pour cela que, malgré ce qu’il en coûte au pays, à son image et à son peuple, l’ordre de la corruption est bien plus défendu que l’idée de son abolition. Pour les affidés, le scandale est un accident dans un système conçu pour la pratique de la corruption, un accident, un autre, qu’il faut étouffer. Mais le système, lui, doit durer, quoi qu’il en coûte.
Pour les adeptes de la prédation, le problème des scandales n’est pas dans ce qu’ils révèlent sur la nature de l’État ; il est dans la publicité qu’il fait à cette nature.


M. H.


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