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contrechamp / ACTUALITÉS

Le soldat Schweik en général de Gaulle

À l’origine, l’idée avait sa consistance politique : sauver un fond culturel et identitaire en émancipant un espace relativement préservé, le sauver de l’emprise d’un système qui s’emploie à le dissoudre dans l’arabisme sectaire et à le pousser dans la voie de la régression islamiste. Elle avait aussi son intérêt stratégique : offrir un refuge aux libertés que le même système s’évertue à réprimer pour prolonger sa mainmise sur la rente.
Mais la Kabylie n’a pas eu besoin de revendiquer sa dissociation de l’entité nationale pour constituer un creuset de luttes démocratiques, des luttes qui, le moment venu, ont fait la jonction avec les aspirations libertaires qui couvaient ailleurs dans le pays. L’expérience démocratique et civique de l’Algérie a, certes, échoué. En trente ans de multipartisme, l’état de sous-développement politique de l’Algérie s’est remarquablement aggravé. Mais c’est ce potentiel de combats qui, dès le début du multipartisme, a servi de plateforme pour l’initiation du débat public.
Devant l’obstination répressive et régressive du pouvoir, on peut concevoir l’idée de sanctuariser politiquement une région pas encore entièrement frelatée.
Ferhat ne pouvait pas faire mieux que de lancer son burlesque “appel de Londres” pour discréditer une cause, par ailleurs, justifiable. Pas besoin d’apprécier l’initiative à l’aune de ce nationalisme d’exclusion qui sert à jeter la suspicion sur toute pensée non conforme ou à l’aune de ce patriotisme d’exhibition qui accable les opposants de trahison pour mieux se signaler. Non, appeler ses “concitoyens” ou ses militants à créer un “corps de contrainte” ou une “organisation de sécurité” constitue une impéritie autant au regard du principe d’humanité que par rapport à l’objectif de promotion de son propre projet.
La leçon du FFS n’a pas été assimilée par un si grand militant de la région. Aït Ahmed a fini dans l’aisance et enterré avec les honneurs, mais quatre cents Kabyles, morts en 1963-1964, ont été “passés par pertes et profits”. Et les plus de cent-vingt jeunes émeutiers des arouchs assassinés, bien qu’armés de simples pierres, qui s’en souvient ? Leurs leaders ont négocié bien des choses sauf leur statut.
L’appel de Charles de Gaulle s’adressait à une France entrée en résistance avant même son exil. Et puis, lui était général : il savait de quoi il parlait. Ferhat ne s’est pas trompé d’endroit, mais s’est trompé d’époque et de contexte. Au XXIe siècle, la violence séparatiste, c’est passé de mode et de… légitimité. Aujourd’hui, les causes politiques se gagnent par le combat politique et pacifique. Les Corses et les Basques s’y sont résolus. Même les kurdes d’Irak, guerriers s’il en est, n’ont pas été jusqu’aux armes.
En outre, il ne faudrait pas croire qu’il sera possible aux membres de “l’organisation de sécurité” (l’OS ?) de s’armer au “monoprix” — ou faudra-t-il organiser de vrais Cap Sigly, cette fois-ci ? —, venir accrocher leurs fusils au salon et vaquer tranquillement à leurs occupations civiles entre deux opérations. En appelant tes adeptes à s’armer physiquement, Ferhat, tu les désarmes politiquement. Et tu les livres à une répression à laquelle il ne manque que de bons prétextes. En ce sens, l’appel n’est pas dangereux ; il est stupide. Il fait plus soldat Schweik que général de Gaulle.

M. H.


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