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Le spectacle affligeant d’une drôle de crise

La masse, puis la pression, puis l’intimidation n’ayant suffi, on passe à la force, la force physique. Barricade humaine à l’entrée de l’APN, collaborateurs du président chassés de leurs bureaux, portes cadenassées… Le bâtiment de l’Assemblée nationale est occupé et l’étage de son président est investi par des mutins qui l’attendent de pied ferme.
Si on ajoute à l’agitation des parlementaires de la majorité le soutien de leurs partis, celui du gouvernement, du Premier ministre en particulier, on mesure le niveau de déliquescence atteint par ce qui nous sert d’État. Peu importe l’issue de la manœuvre, Bouhadja ayant contraint le loup à sortir du bois. Et faire le choix du coup de force, du “draâ”, comme on dit en langage courant. Élus et Exécutif se sont franchement départis de toute légalité pour pousser le président d’une institution de la République à la porte.
Mais au point où est parvenu le pourrissement, une énigme subsiste : pourquoi Bouteflika refuse-t-il d’intervenir dans un sens ou dans l’autre ? C’est en effet cette abstention présidentielle qui est à la base de la crise : des députés, encouragés par le fait de représenter la “majorité présidentielle”, et donc la volonté présidentielle, s’en vont, “la fleur au fusil”, faire choir leur président d’Assemblée de son perchoir. Mais une fois au front, les voici, comme ces jeunes et insouciants soldats de 14, embourbés dans la “drôle de guerre”. “Drôle”… mais tellement éprouvante !
Quelque chose n’a pas fonctionné comme escompté. Bouteflika a-t-il lâché les auteurs de coup d’État parlementaire ? Leur a-t-on fait croire, à tort, que c’était sa volonté de remplacer Bouhadja ? Celui-ci l’a répété : il suffit d’un mot du chef de l’État pour qu’il s’en aille. Mais ce mot ne vient pas, rappelant à tous qu’il n’y a de pouvoir que concédé par le président Bouteflika et réduisant une masse de députés à jouer les gros bras et à barrer l’entrée de leur premier responsable à son bureau pour espérer l’éloigner de l’institution dont il a légalement la direction !
Le putsch est déjà raté. Il a tellement traîné en longueur que tout ce que le régime fera désormais, il le fera pour sauver la face. Ce qui devait passer comme une lettre à la poste — dans la bouche d’Ould Abbes et d’Ouyahia, le dénouement était une question d’heures, rappelons-nous — s’est transformé en scandale d’État ! Une opération de remaniement interne, qui n’aurait pas dû faire grand bruit, a fini par en faire, du bruit !
Ce qui a irrité Ould Abbes. Et Bouhadja promenant la crise dans la rue, au milieu des Algériens ! L’intimité de la manœuvre est violée, l’Assemblée est “humiliée”, pas par le putsch qui s’y déroule, mais parce que son président éconduit côtoie de simples quidams ! Un élu MPA revendique littéralement la souveraineté des députés sur les problèmes de l’Assemblée “qui ne concernent personne d’autre”, a-t-il précisé. Il a raison : ce n’est pas le peuple qui les a élus. Comme Bouhadja, les députés n’ont de compte à rendre qu’à celui qui les a choisis.
Certes, le peuple n’a pas à se mêler des affaires d’institutions qui ne le concernent pas. Mais quand elles se donnent en spectacle, le peuple n’a-t-il pas, dans son impuissance, le droit de l’apprécier, ce spectacle ?

M. H.


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