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contrechamp / ACTUALITÉS

Le statut du vrai et du faux dans notre système


Les témoignages sont accablants au vu de la qualité de leurs auteurs et de l’aspect tranchant du propos. Le dernier en date, ancien officier du MALG et compagnon reconnu du colonel Lotfi, qui aurait dû évoluer dans la même région que lui, a déclaré sans ambages : “Je ne lui connais donc pas de passé révolutionnaire ni avant ni pendant la guerre de Libération nationale.”
On a attendu qu’Ould Abbes réagisse aux graves accusations de ceux qui, au vu de ses hauts faits de guerre, auraient dû compter parmi ses anciens compagnons d’armes. Mais au lieu de cela, il persiste à “enrichir” son autobiographie homérique dans une fuite en avant autistique, versant dans une autoglorification de plus en plus tonitruante.
À la vérité, la réalité du passé du chef du parti FLN n’a pas d’importance en soi. Mais puisque l’accusation d’imposture est assumée et publique, elle crée l’occasion de méditer le tragique destin de la Révolution et de ses symboles. En commençant par noter que la controverse ne doit nullement inquiéter le concerné : comme pour ses récents prédécesseurs, sa désignation — il faut, parfois, appeler les choses par leur nom — à la tête du “parti de Ben M’hidi”, comme il s’en vante lui-même, ne doit rien à sa vaillance révolutionnaire passée ; il la doit à sa seule capacité, réelle ou supposée, à exécuter la feuille de route qui lui a été confiée par le pouvoir effectif. Quant au sigle FLN, la caste qui a pris le pouvoir à l’indépendance, et les castes qui lui ont succédé au gré de ses péripéties putschistes, en font un usage de butin de guerre. Elles le confient à celui qui paraît le mieux disposé à l’utiliser pour servir leurs velléités de bâillonnement du peuple et de contrôle de ses richesses.
Le faux est consubstantiel à un système qui exploite l’Histoire à des fins de soumission politique de la société. L’historiographie est faite pour le présent, pour le maître du moment, l’Histoire est faite pour l’éternité, pour l’avenir. C’est parce que le système a choisi de faire de l’Histoire la légitimité de son pouvoir, qu’il s’est arrogé le monopole du récit national, puis de l’écriture de l’Histoire. Et d’authentiques révolutionnaires intégrés à la logique autoritaire et rentière du système cautionnent cette entreprise mystificatrice. C’est pour cela que chacun peut, au moment où il prend position dans le système, se construire son épopée personnelle sans presque aucun risque d’être démenti.
Regardons la cruelle solitude de Mellouk lorsqu’il s’est engagé dans la mise à nu de “faux moudjahidine !” Croyait-il naïvement que la présence de “faussaires” dans les institutions n’était que l’œuvre de petits malins qui ont trompé la vigilance de la procédure ?
Dans quelques jours, de faux élus viendront nous faire la leçon de la démocratie et du patriotisme. Et leur parcours n’y sera pour rien dans cette promotion ; seule compte leur aptitude à tenir leur rôle dans le système.
Un pays qui peut tresser des lauriers à Chakib Khelil et qui rappelle Ould Kaddour en sauveur favorable peut-il s’embarrasser de normes de comportement de ses dirigeants et de l’idée vérité ?

M. H.


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1 réactions
Fraternity le 24/04/2017 à 13h39

L'autobiographie du jeune O.Abbes comporte des zones d'ombre, au sujet de ses connaissances scientifiques en matière médicinale: c'est lui, qui soutenait, par je ne sais quel miracle, que le mort-vivant son excellence se remettra à marcher dans quelques mois! Remarque à son époque, il suffisait d'être reconnu par 2 compères, comme ancien Moudjahid, pour suivre n'importe quelle étude à l'université. Quant à son passé révolutionnaire, s'il existe, Ii est devenu un permis d'abus et de violences.

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