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contrechamp / ACTUALITÉS

Le système corruptocratique

Après l’incarcération de Saïd Bouteflika et du général Toufik, il faut encore se pincer pour réaliser : Ahmed Ouyahia est, à son tour, placé en détention préventive.
On pourrait ergoter sur la part du politique et du juridique dans ce destin quasi collectif des dignitaires du régime Bouteflika. Mais la profusion d’affaires en instruction, la gravité des motifs d’inculpation, le nombre spectaculaire de coupables et de complices présumés, ainsi que leurs positions protocolaires attestent du caractère “systémique” de l’entreprise de saccage qui a ravagé le pays durant vingt longues années.
Placé au centre de cette entreprise de pillage méthodique, Abdelaziz Bouteflika y a naturellement joué le rôle central. Ses obligés se chargeaient de lui assurer, par la répression, la fraude et la corruption sociale, une présidence à vie. La menace et la clientélisation oligarchique et corporatiste complétaient la démarche de contrôle de la société. Si tout cela ne suffisait pas à tenir en respect les mécontents, ceux qui nous tenaient lieu de responsables politiques et institutionnels s’employaient à le diviniser pour que toute remise en cause prenne l’aspect d’un sacrilège. La vénération excessive tendait à en faire une personnalité surhumaine, inattaquable.
Il était en effet salutaire pour tous les profiteurs du système Bouteflika que celui-ci, même sous forme de portrait encadré, fut glorifié et craint à l’extrême : il était le garant de la pérennité de conditions de leurs pratiques prévaricatrices et de leur immunité. Il était seul juge démêlant le mal du bien et distinguant le coupable de l’innocent. La justice s’actionnait à son signe et s’arrêtait à son signe, comme on l’a vu dans l’affaire Chakib Khelil.  Dans ce contexte, les polices et la justice ne sont que quelques-uns des instruments par lesquels son autoritarisme, exercé directement ou par délégation, était appliqué. Pour assurer l’harmonie nationale d’un tel système, il fallait convertir beaucoup de monde à la morale strictement vénale, dans toutes les institutions et sur tout le territoire ! 
Sous Bouteflika, le détournement et la corruption semblent avoir constitué la finalité et le motif de cohésion du régime. Il aurait pu déléguer son autorité aussi bien à son frère qu’à un autre collaborateur, le système aurait continué à fonctionner, sans le soulèvement populaire venu y mettre fin. Ce qui comptait pour tous, c’est de faire en sorte que la “présidence” — pour reprendre le terme utilisé pour désigner un président qui présidait plus — continuait à faire “ligne rouge”, comme on disait aussi dans le discours officiel, devant la critique et la contestation et que les affaires continuaient à se faire. 
Il sera ardu de reconstituer, dans son mécanisme et dans ses effets, une activité de détournement méthodique et massif qui a duré vingt ans en période d’abondance financière. Et encore plus ardu d’en restituer un maximum pour réparer en partie le préjudice infligé à l’État, et donc à la société. Mais le procès du régime s’impose pour que le peuple prenne connaissance sur la manière dont il a été floué, avec sa passive complicité pour partie et son active connivence pour partie aussi. Il s’impose aussi parce que c’est cet examen qui légitimera la République pour laquelle ce peuple manifeste depuis plus de trois mois.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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