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contrechamp / ACTUALITÉS

Le système des “dossiers”

Ould Abbes a menacé Bouhadja de lui sortir ses “dossiers”. Que le chef du principal parti du pouvoir ose un tel chantage veut dire qu’en Algérie, un particulier, fut-il chef de parti, peut détenir des “dossiers” sur des justiciables, simples citoyens ou hauts dirigeants, et en faire un usage personnel ou politique.
Cela veut dire aussi que la justice peut regarder, sans broncher, des responsables se défier en jetant les uns à la face des autres le spectre de “dossiers” qu’ils pourraient divulguer. On observe bien qu’elle ne cultive pas le réflexe de l’autosaisine quand le scandale des puissants du système éclate. Or, sans cette apathie judiciaire, lorsque ce sont les pontes du régime qui s’entre-accusent, la pratique de l’intimidation par le “dossier” ne fonctionnerait pas.
Un “dossier”, s’il n’est pas automatiquement transféré à la justice, devient un instrument d’intimidation aux mains d’un maître chanteur. Un outil de terrorisme politique, le terrorisme consiste justement à effrayer des gens par tout moyen à l’effet de les contraindre au comportement qu’on veut leur imposer. Le “dossier”, instrument de cette terreur, peut, à l’occasion, être fictif. Ce qui n’enlève rien au caractère intimidant, terrorisant, de la menace. D’autres fois, le “dossier” ou la “fiche” sont utilisés pour réprimer les citoyens insoumis à la norme politique en vigueur. Ceux-ci sont alors contrôlés dans leur évolution de carrière publique et sont interdits de certains droits sociaux et administratifs parce que leurs fiches ou leurs dossiers mentionnent leur incompatibilité politique avec le régime du moment.
Le pire est que les officines et services chargés de constituer et de fabriquer les dossiers n’ont pas toujours besoin de matériau concret pour ce faire. Surtout s’il s’agit de satisfaire une commande politique. Le panorama se complique quand on sait que, si les faux dossiers peuvent suffire à soutenir une pratique de répression politique, de vrais dossiers peuvent, plus tard, être dénoncés comme dossiers fabriqués. Le public est alors invité à prendre acte de l’innocence rétablie d’un responsable qu’on a commencé par accabler.
Outre ses dégâts directs, les victimes de l’intimidation et de la répression policières et judiciaires, l’usage politique du “dossier” a fini par ôter son crédit à l’action de justice à chaque fois que l’affaire comporte une dimension politique.
Dans un État policier, le “dossier” est un composant-clé du système de pouvoir. Sa fabrication et sa gestion constituent une tâche sensible du système politico-policier. Et comme, dans le sérail, la confiance règne, ses clans et ses dignitaires essaient souvent de se faire leurs propres stocks de “dossiers” contre de potentiels adversaires et séditieux.
Le “dossier” tient lieu de dépôt de garantie pour les acteurs du système. Celui qui tient, en effet, son équilibre du principe de “je te tiens, tu me tiens par la barbichette”. Sauf que pour pouvoir “sortir les dossiers”, il faut d’abord être du bon côté du manche.

M. H.


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