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contrechamp / ACTUALITÉS

L’imposture démocratique

Le débat sur “l’élection” en Algérie a tout d’un dialogue de vaudeville. L’appel d’Ouyahia est une nouvelle occasion pour que soit relancée la sempiternelle chicane sur “un énième mandat”.
Bien qu’étant à l’évidence dans un cas de présidence à vie, activistes et commentateurs politiques s’efforcent de dépeindre le tableau politique en des termes empruntés au langage démocratique. La réalité de la situation s’en trouve automatiquement déformée. Que vient faire, par exemple, la notion de mandat dans un règne qui s’avère être, de fait, un règne à durée indéterminée ?
L’histoire illustre abondamment cette règle : s’il faut généralement toute une révolution pour que la dictature laisse place à la démocratie, la démocratie peut, à son tour, engendrer la dictature dans la plus grande douceur. Il suffit pour cela qu’un dictateur soit désigné. Ou même réellement élu. L’actualité présente aussi nombre de ces cas de régression politique. En Russie, l’autoritarisme et la longévité politique de Poutine s’accommodent parfaitement du multipartisme. Le tsar élu s’est assuré un prospère avenir politique. En Chine, toujours soumise au système du parti unique, Xi Jinping est revenu sur le seul élément de démocratie introduit dans la Constitution en 1982, la limitation à deux du nombre de mandats possible, garantissant une présidence à vie à l’empereur.
En Algérie, le pouvoir s’est adapté au multipartisme en inventant un système de “parti unique à plusieurs”. Avec le couple FLN-RND comme ossature, mais il peut ainsi élargir la gamme et se prévaloir d’une “majorité”, autre concept constitutif du discours démocratique illusionniste qui sert à mentir sur la réalité politique effective. En même temps, il prend la précaution de réduire l’opposition à sa portion marginale en réservant les ressources publiques aux forces politiques et sociales qui le soutiennent et en usant de la corruption et de la répression à l’encontre des forces hostiles. Dans ce décor, Bouteflika est en position de pouvoir régner jusqu’en 2029, jusqu’à l’âge de cent un ans, malgré une Constitution révisée dans le sens de la limitation des mandats, mais qui fut d’abord révisée dans le sens de leur illimitation, lui permettant d’accomplir les cinq premières mandatures avant changement de règles. Cela sans compter qu’il pourra s’arranger pour que son régime perdure au-delà de son règne personnel.
à quoi servent les notions d’élection, de mandat, de majorité, d’opposition dans une telle logique, si l’on peut faire accoucher la “démocratie” d’une dictature absolue dans l’autoritarisme et sans limites dans sa durée ? À l’enfumage démocratique de ceux qui ont besoin de se voiler la face sur la dure réalité politique qu’ils assument. Dans le fait même d’“appeler” quelqu’un à se présenter à l’élection réside une négation de la démocratie : on crée un état de surlégitimation de ce “candidat”. Et si, dans la phase des “appels”, les hommes de pouvoir “se poussent du coude… pour être le premier”, comme dit le chanteur, c’est parce qu’il y a, sous ce régime, plus fort que l’élection : la volonté de prolonger son emprise. C’est cela qu’il faut soutenir et encourager, si l’on veut exprimer sa déférence. Le reste, la campagne, le vote, ce n’est qu’une question “technique”.

M. H.


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