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contrechamp / ACTUALITÉS

L’ordre et le hasard

Le pouvoir ne veut pas mettre de la transparence dans les élections ; les Algériens ne votent pas, ou si peu. Les Algériens ne veulent pas voter ; le pouvoir s’arrange comme il peut. Le tout est qu’il puisse dessiner le paysage politique qui lui convient.
Les élections sont donc invariablement marquées par deux aspects : l’abstention et la fraude. Et ce n’est pas le cadeau d’un jour férié à chaque consultation qui changera quelque chose à ce dialogue de fond. Il ne fait que prolonger le week-end, offrant aux électeurs l’opportunité d’organiser des activités d’agrément ou des déplacements familiaux ou touristiques, comme en témoignent les encombrements aux points de passage de la frontière avec la Tunisie. Et peut-être que cet absentéisme électoral facilite les opérations de trucage qui, certainement, demandent quelque intimité.
Normalement, des élections “de proximité”, parce qu’elles déterminent la vie quotidienne des citoyens et engagent la candidature de prétendants familiers des votants, devraient avoir un effet plus mobilisateur que les élections à enjeu national. Mais il n’en est rien. Parce que la fraude a fini par concerner aussi les consultations municipales et wilayales. Instruite “d’en haut” ou inspirée par la pratique locale, l’administration a souvent sa liste préférée et toutes les institutions participant à l’organisation du scrutin coordonnent l’opération de rectification de la volonté populaire. En l’imposant par la répression s’il le faut.
La fraude, même dans sa manifestation locale, est une demande centrale. D’abord, parce que la composition du Conseil de la nation, qui reflète, en gros, le paysage politique géographique, doit être conforme au monolithisme législatif souhaité par le pouvoir. Ensuite, parce que l’élection locale est un instrument de mise en œuvre du système récompense-punition appliqué aux partis politiques qui activent sur la scène nationale. Une majorité écrasante de sièges doit revenir aux partis du pouvoir et, pour une petite partie, aux poissons-pilotes qui les accompagnent dans leurs arrangements avec la loi et soutiennent le régime dans sa gabegie.
En imposant durablement une réalité politique contrefaite, le régime a fini par créer un rapport singulier entre électeurs et élections. Seule une minorité, celle dont l’existence dépend du système de la rente, reste très engagée par le déroulement des scrutins et leurs résultats. Mais, pour l’essentiel, les Algériens, qu’ils votent ou s’abstiennent, n’ont pas de doute quant à la nullité de leur influence sur le résultat électoral. Ils s’accommodent de cet état de fait et reportent leurs revendications sur d’autres fronts, le front social et corporatiste en particulier, où la pression s’avère plus concrètement payante.
La politique sociale populiste, le dilettantisme fiscal et la tolérance de l’économie informelle, entre autres, sont, pour le régime, autant de voies de compensation de son monopole politique autoritaire. Ce contrat “social”, fraude contre corruption ordinaire, est à la base de sa “stabilité”. Dans cette situation, où le budget finance l’immobilisme, le changement ne peut survenir que par accident. Dans des circonstances forcément imprévisibles.


M. H.

 


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