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MAGIE STATISTIQUE ET RÉALITÉ POLITIQUE


Finalement, le taux de participation aux élections législatives a bien son importance aux yeux du pouvoir. L’artifice concocté par Charfi et son équipe pour produire un taux que lui-même n’a pas osé appeler “taux de participation”, mais a désigné par l’étrange expression de “moyenne du taux de participation national” montre que, pour le régime, le réel enjeu du scrutin du 12 juin résidait bien dans ce niveau de participation. 
Pour dévoiler la nature de ce passe-passe arithmétique et communicationnel, il est utile de revenir sur cette pirouette statistique ayant rendu possible le miracle du passage d’un taux de 14,47% à 16h à 30,20% à 20h.  
En fait, les deux chiffres ne parlent pas de la même chose. Le premier décrit le pourcentage d’électeurs ayant déjà voté à 16h au niveau national : 14,47% du total des électeurs. Ce taux de participation n’a pas été calculé pour 20h. En tout cas pas révélé. Probablement parce qu’il n’était pas assez élevé pour être présentable. 
Alors, l’Anie a recouru à un autre taux, un autre type de taux. Celui-ci est obtenu en divisant la somme des différents taux de wilaya par le nombre de wilayas. Dans cette moyenne, le chiffre ne représente pas le taux de participation des électeurs ; il ne tient pas compte de la disparité en nombre d’électeurs et de votants entre wilayas. Ainsi, une wilaya de quelques milliers d’habitants a le même poids qu’une wilaya de plusieurs millions d’habitants dans sa “contribution” au résultat statistique.
Pour simplifier la présentation de l’astuce, prenons l’exemple de deux wilayas : l’une, la wilaya A, comptant 10 000 électeurs, et l’autre, la wilaya B, comptant 1 000 électeurs. Soit un total national de 11 000 électeurs. Imaginons que le taux de participation est de 10% dans la wilaya A (1 000 sur 10 000) et de 90% dans la wilaya B (900 sur 1 000). Le taux national sera alors de 1 000 + 900/11 000 = 17, 27%.Mais si on adopte le mode de calcul de l’Anie, on aura : 10% (de la wilaya A) + 90% (de la wilaya B) + 100%, et 100% divisés par 2 (nombre de wilayas) =  50% ! Ce taux ne représente aucune réalité nationale puisque le nombre de votants (1 900) ne correspond pas à la moitié des 11 000 électeurs !
Les deux types de taux (10% et 50%, dans notre exemple, et 14,47 et 30,20 dans le résultat officiel) ne sont pas comparables parce qu’ils ne représentent pas la même chose à deux moments différents. Par effet de confusion, la “moyenne du taux national” introduite par l’Anie en fin de vote, après une série de vrais “taux de participation” (10h, 13h, 16h…)  sert à maquiller le vrai niveau de participation  sans même avoir à triturer le nombre de votants !  À la fraude traditionnelle succède une pratique d’illusionnisme arithmétique ! Ce qui compte, pour le pouvoir, en effet, c’est que, même si le vrai taux de participation finira par être connu, le coup sera parti, et dans les rédactions, comme dans les chaumières, les commentaires se seraient basés sur les 30,20%. Un taux obtenu par une autre méthode que celle, consacrée, du calcul du taux de participation en scrutin au suffrage universel direct.
On voyait Charfi, gêné, bredouillant au cours de sa déclaration. Il savait sûrement le véritable niveau d’abstention populaire et la réalité politique qu’il décrit.
 

M. H.
[email protected]


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