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contrechamp / ACTUALITÉS

Mandela et les Africains

L’Afrique du Sud célèbre le centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela. Et partout sur le continent, les Africains, leurs dirigeants en particulier, le revendiquent et le célèbrent.
Mais ce n’est pas partout sur le continent qu’on cultive son héritage. Les gouvernants ressassent souvent le souvenir de sa persévérance dans le combat ardu pour la libération de son peuple d’un système inhumain, mais évoquent rarement son œuvre post-apartheid : un processus de réconciliation fondée sur la contrition publique du bourreau et la dignité reconnue de la victime et surtout l’exemplarité démocratique dont il fait preuve dans l’exercice du pouvoir. Mandela président a incarné l’idée du vivre ensemble et a honoré, par l’acte, le principe d’alternance au pouvoir.
Hier, en ce jour de Mandela Day, Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, âgé de quatre-vingt-cinq ans, a déposé son dossier de candidature pour un… septième mandat de… sept ans ! En Algérie, c’est un Président malade de quatre-vingts ans qui s’apprête à s’octroyer un cinquième mandat. Non, on ne peut pas faire corps avec le combat libérateur de Mandela et assumer de le contrarier quand il s’agit de l’essence démocratique et universaliste de ce combat.
La lutte contre l’occupation et l’inégalité coloniales a, partout en Afrique, servi d’alibi à la tyrannie de pouvoirs prébendiers et brutaux. Des dictateurs se sont indéfiniment imposés par la force à leurs peuples. Et même quand ils enduisent leurs institutions de vernis multipartite et électoral, c’est pour ne pas mettre dans la gêne les puissances démocratiques qui les fréquentent et qui, ainsi, les valident. Les relations internationales ont leur propre logique dans laquelle la démocratie intervient rarement comme question de principe.
En Algérie, on rejoue, comme à chaque échéance, la pièce du suspense agrémentée  de l’énigme militaire. Encore un mandat ou pas ? Et l’avis de l’armée ?
Dans une démocratie, l’armée n’a pas à se prononcer. Elle n’a pas même à rappeler qu’elle se cantonne à ses “missions constitutionnelles” ; cela tombe sous le sens. Mais en dictature, le rôle de l’armée et des polices est évident : aucun autoritarisme ne peut s’imposer durablement à son peuple sans répression politique. C’est-à-dire sans l’implication des forces armées et de la police dans le maintien de l’ordre… politique.
C’est dans la nature des choses : l’autorité d’un pouvoir repose sur la  légitimité que lui reconnaît le peuple ou sur la force qui l’impose à ce peuple. Entre les deux variantes, il y a, bien sûr, divers procédés de substitution à la démocratie ; la manipulation idéologique et psychologique, la corruption matérielle à grande échelle, etc.
Nos dirigeants, qui, souvent, nous ont libérés de l’occupation coloniale, s’évertuent à nous maintenir, historiquement parlant, à l’âge colonial. Cela les dispense d’une justification démocratique de leur autorité et cela légitime la toute-puissance politique des armées qui les imposent.
Ce système correspond bien plus à la condition coloniale des peuples qu’à l’esprit Mandela que le héros nous a légué.


M. H.

 


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