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contrechamp / ACTUALITÉS

Manifestation ? Non, révolution

La meilleure explication du processus de soulèvement populaire contre le régime, un soulèvement d’initiative juvénile, réside peut-être dans ce slogan : “Rana s’hina ; bassitou bina” ! Ce qui veut dire à peu près : “Nous avons dessoûlé ; vous allez en baver avec nous.”
Le comportement général de l’Algérie manifestante révèle un changement en profondeur en cours dans la société, au point qu’il ne serait pas faux de noter que le 22 février a inauguré une vraie révolution. Une révolution culturelle qui s’exprime dans la manière de faire la révolution politique !
Il est vrai que, dès le début de son long règne, Bouteflika a lancé une entreprise de dépolitisation de la société. Elle a consisté en un assèchement progressif de la vie politique. Les débats ont disparu dans une vie publique réduite à un univers binaire : pour ou contre son empire. L’opposition politique, pour partie convertie à la louange et pour partie étouffée, le citoyen n’a plus qu’une alternative : un soutien lucratif au pouvoir ou le silence. La contestation politique asphyxiée, la vie associative démantelée, la presse corrompue ou réprimée, la vie syndicale marginalisée ou caporalisée, les Algériens, démunis de recours, se soumettent au clan ou subissent sa pratique du fait accompli. Au choix.
Ils ne sont plus des citoyens, ni même des producteurs, des créateurs, des travailleurs… mais des administrés. Des administrés heureux, leur dictent le pouvoir et ses thuriféraires prébendiers. Heureux, même du fait de la rente, mais du fait de la bonne gouvernance de leur providentiel président. à la masse d’adolescents, le pays n’offrait plus que les séances hebdomadaires de défoulement collectif des stades et, accessoirement, pour les plus paumés, le refuge de la “zetla” et autres potions hallucinogènes. La formule évoquée en début de chronique exprime ce sentiment de jeunes d’avoir été drogués et qu’ils sortent du brouillard.  
Même pour les plus instruits d’entre eux, l’offre d’avenir est quasi nulle. Autant dire un désert pour tous, en termes d’espérance.
Dans ce renversement de situation, ce sont les plus jeunes qui furent à l’initiative et sont à la manœuvre. Et les plus âgés leur ont emboîté le pas. Parce que, le quatrième mandat, pour une part, puis le projet de cinquième mandat, pour une plus large part, sont venus couronner quinze ans d’arbitraire par cinq ans de violente humiliation. La révolte sourde, sporadiquement bruyante, voire violente comme en 2001, est pourtant là depuis que s’est révélé le caractère absolutiste et prédateur du régime.
Sauf que le peuple, pour des raisons de contexte idéologique, politique, socio-économique et sécuritaire, a mis du temps à recouvrer son aptitude à l’indignation.
Mais quand il l’a retrouvée, son niveau d’indignation s’avère à la mesure de l’humiliation subie.
C’est pour cela que la réparation qu’il demande — le départ du régime — n’est rien à côté du préjudice subi. C’est pour cela que le régime ne comprend pas ce qui arrive : quand le peuple lui demande de lui restituer sa souveraineté, pour qu’il puisse non pas construire mais se reconstruire, le pouvoir lui parle de réforme.
Ce n’est pas une manifestation politique ; pour pacifique qu’elle est, c’est une révolution !


M. H.

 


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